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Rentrée solennelle : Vérités et « petits mensonges »

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Rentrée solennelle : Vérités et « petits mensonges »
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Vendredi 11 décembre, Pierre-Olivier Sur et Laurent Martinet se sont exprimés une dernière fois devant la profession, lors de la rentrée solennelle du barreau. Une rentrée à laquelle était conviée la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Après une année marquée par les désaccords, au sujet de la loi Renseignement et de la réforme de l'aide juridictionnelle, ces fortes personnalités ont manifesté leur respect mutuel, ou presque.

«Notre mandat touche à sa fin, mais aujourd’hui, paradoxalement, il s’agit d’une rentrée solennelle.» Pierre-Olivier Sur, bâtonnier de Paris, a du mal à cacher son émotion, quelques jours avant de transmettre le bâton à Frédéric Sicard et Dominique Attias bâtonniers élus. « Je suis fier de voir la grande famille du droit réunie : avocats, magistrats, préfet de police, garde des Sceaux. C’est essentiel, en ces heures sombres et difficiles. » Le bâtonnier en poste a insisté sur la défense des libertés publiques. « Nous comprenons que des mesures administratives d’exception soient prises, mais nous ne devons pas renoncer à nos libertés. Sinon, nos ennemis auront gagné. » Pierre-Olivier Sur a cru déceler un recul au sein de la République. « Nous réaffirmons que le droit doit triompher, les avocats ont un rôle majeur dans ce combat », a-t-il affirmé.

Un combat de trente ans. Lors des attentats qui ont marqué Paris en 1986, Pierre-Olivier Sur était un tout jeune avocat qui venait de prêter serment. « Finalement, en trente ans, rien n’aurait  changé ?, s’interroge-t-il. Le progrès technique, smartphones, ordinateurs, GPS, toutes ces avancées ne seraient-elles qu’un élan vers le pire ? Ces moyens de surveillance sont-ils réellement les garants de notre sécurité ? » Le bâtonnier en est persuadé, les avocats font partie de ces garants, « les derniers remparts ». Il a évoqué les mots de François Hollande lors de la remise de la légion d’honneur au quartet tunisien à l’Élysée. « Le président de la République a rappelé le rôle de vigie du droit qui incombe aux avocats. Il a insisté sur la force de ce droit et sur notre de voir de vigilance. »

Laurent Martinet, Christiane Taubira et Jean-Louis Debré, président du Conseil Constitutionnel

Stupeur et tremblements dans la salle, lorsque Jean-Gaston Moore, directeur honoraire de la Gazette du Palais, a fait un malaise. L’assemblée a craint le pire. La salle a été évacuée le temps Christiane de porter secours à l’homme de 91 ans. La séance a repris quelques instants plus tard. « J’ai de bonnes nouvelles, a annoncé Pierre-Olivier Sur, il ne s’agit que d’un malaise lié à la chaleur de la salle. Notre camarade est hors de danger. » D’ailleurs, l’homme honorera ses confrères de sa présence lors de la proclamation des résultats des élections du Conseil de l’Ordre.

« Quand on fait sa propre hagiographie, on compose quelque peu avec les fait », Christiane Taubira

Les événements ont obligé le bâtonnier à raccourcir son discours. Avant de laisser la parole à Christiane Taubira, le bâtonnier a tenu à dire quelques mots sur les enjeux majeurs de la profession. Notamment en ce qui concerne son uberisation. « L’avenir se trouve sur les plateformes numériques, il serait irresponsable de le nier mais le barreau continuera à faire la chasse aux braconniers du droit. » Il s’est félicité des plateformes mises sur pied, notamment en matière de Class Action. «L’uberisation a ses limites, un robot ne remplacera jamais un avocat en chair et en os. Il existe un lien de confiance / conscience entre l’avocat et son client, cette émotion ne sera jamais rattrapée par la machine. » Sur un tonnerre d’applaudissements, Pierre-Olivier Sur a regagné son « trône » pendant que la garde des Sceaux a pris place au pupitre.

« Je sais qu’il est douloureux pour vous de raccourcir votre discours Monsieur le bâtonnier. Néanmoins, je vous en remercie. » La ministre de la Justice a tout d’abord souhaité un prompt rétablissement à l’ancien directeur de la Gazette du Palais. « Mon propos sera nécessairement bref, je suis attendu à Matignon pour une réunion, mais je tiens à vous dire ma vérité. Depuis les événements de cette année, ma mission et celle du gouvernement, consiste à assurer la protection des Français tout en préservant leurs libertés. Certains voudraient céder à la peur, à ce qu’elle engendre. Nous devons prendre garde à ne pas devenir infidèles à nous-mêmes. (…) La vérité, nous la devons à nous-mêmes. Votre vérité. Celle d’une profession composite mais unie autour d’un même serment et la vigilance du droit. Un attachement aux libertés presque charnel. »

« Avocats, la société a besoin de vous », Christiane Taubira

La ministre est revenue sur les événements qui ont marqué le mandat de Pierre-Olivier Sur et de Laurent Martinet, avec qui « elle a eu plaisir à travailler, dans les bons et les mauvais moments. » Cependant, elle ne s’est pas privée de lui envoyer quelques piques bien senties, notamment sur l’aide juridictionnelle : « Lorsqu’on présente soi-même son hagiographie, il se peut qu’on compose quelque peu avec les faits. » Elle lui a reproché des mensonges ou du moins des « omissions » lorsqu’il s’est exprimé dans les médias au sujet de la réforme de l’aide juridictionnelle. « Je vous rappelle Monsieur le bâtonnier, que j’ai été la première depuis 2007 à relever l’indemnité ho raire pour les avocats travaillant pour l’AJ. Au total, 12,6 % d’augmentation. (…) Je ne souhaite pas brutaliser votre profession, je quitterai mon poste avec mon éthique intacte. Je préfère affronter l’échec de la réforme plutôt que passer en force. Peut être que mes successeurs y par viendront. »

Cependant, Christiane Taubira est persuadée de la nécessité d’une telle réforme. « Depuis 20 ans, les gouverne ments successifs ont reçu douze rapports concernant l’AJ, a-t-elle confié, tous s’accordent sur un point, le système est à bout de souffle. » Mais la garde des Sceaux n’a pas perdu espoir, « les divergences énoncées ne sont pas insolubles et je sais que nous menons un combat commun pour nos liber tés. La société a besoin de vous. »





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