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Université d'été de l'ordre des experts-comptables : « l'échec, c'est de renoncer à échouer »

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Université d'été de l'ordre des experts-comptables : « l'échec, c'est de renoncer à échouer »
AP - Stéphane Degonde et Philippe Lapidus, deux entrepreneurs, sont venus partager leur expérience personnelle de l'échec.

Trait de culture à la française, l'échec est traditionnellement perçu comme un événement honteux qu'il convient de dissimuler, pour ne garder de son histoire qu'une suite de moments glorieux.

Bien décidés à débusquer les préjugés négatifs profondément ancrés dans nos cerveaux dès la prime enfance : « rater, c'est être un raté », « l'élève modèle est celui qui n'a jamais échoué », une ribambelle de spécialistes de tous horizons (philosophie, psychologie, santé, sciences cognitives, stratégie d'entreprise) a été invitée par l'OEC à l'occasion des universités d'été qui se sont déroulées dernièrement à la faculté Paris Descartes.

Comment se relever de l'échec ? Comment en faire une expérience positive ? L'analyse délivrée, fine, humble, juste et sans détours, mérite de rayonner pour que nous apprenions à ne plus avoir peur de l'échec, à entreprendre, à être audacieux et à trouver notre voie/voix intérieure.

L'échec peut être vertueux

Charles Pépin, agrégé de philosophie, diplômé de Sciences Po Paris et d'HEC Paris, a présenté la vertu de l'échec. Celui-ci nous permet de nous confronter au réel, de nous remettre en question : pourquoi ai-je échoué ? Suis-je sur la bonne voie ? Quatre « conditions » sont nécessaires pour rendre notre échec vertueux : d'emblée, le reconnaître comme tel (et ne pas se réfugier dans le déni), ne pas s'y identifierAVOIR raté, ce n'est pas ÊTRE raté »), s'arrêter et prendre le temps de s'écouter. Cette phase est importante : elle permet de savoir s'il est préférable de persévérer dans cette voie ou de bifurquer vers celle qui nous est davantage adaptée. Enfin, la sagesse dans l'échec est de comprendre que la réussite ne s'apprécie pas en un sens de réussite sociale, mais en termes de maturité émotionnelle, relationnelle et humaine.

Un exemple d'échec vertueux : Serge Gainsbourg a commencé par la peinture et a échoué dans ce domaine. Au lieu de nier cet échec et de s'apitoyer sur son sort, il a choisi de bifurquer vers la musique, la voie qui était faite pour lui !

Le succès « assèche » la capacité d'innovation

Sur un plan plus pragmatique, en business, selon le professeur en stratégie Frédéric Fréry, l'erreur courante des entreprises est de se focaliser sur la recette qui marche et de ne plus prendre de risques. Le succès parvient donc à « assécher » la capacité d'innovation. Or, le succès réside bien dans celle-ci ! Il conseille donc de « tuer la poule aux œufs d'or », c'est-à-dire la recette qui rapporte beaucoup d'argent mais qui vieillit, et dont on ne veut pas se débarasser, car toutes les inventions postérieures paraissent moins efficaces. A titre d'exemple, Kodak, le géant américain sur le marché des appareils photo argentiques, est aussi celui qui a inventé l'appareil photo numérique. Ils n'ont toutefois pas voulu se lancer dans sa commercialisation en se disant que la nouvelle technologie ne battrait jamais les records de vente de leur « poule aux œufs d'or » ! Résultat, ils ont été coulés par leur propre invention, par la concurrence.

Dans le sens inverse, l'entreprise américaine Intel, qui a lancé la marque d'appareils photo numériques Pentium, est toujours « en concurrence avec elle-même ». Dès que l'ancien modèle (par exemple Pentium I) rattrape les ventes du nouveau produit (Pentium II), ils lancent le Pentium III. « Ils ne se reposent pas sur leurs lauriers, ils les brûlent », a imagé le professeur.

Olivier Torres, enseignant-chercheur à l'université de Montpellier a créé le « portail du rebond » avec son équipe. Il s'agit d'un groupement d'intérêt associatif destiné à accompagner les entrepreneurs se retrouvant en difficulté ou ayant même connu un échec suite à leur activité.

L'échec, c'est de renoncer à prendre des risques

Selon la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, au sens clinique, le sentiment de découragement, d'érosion de soi, de mésestime, ne naît pas de l'échec mais plutôt de celui d'avoir renoncé à échouer, à prendre des risques. « Le sens est ce qui nous maintient en vie. Pour cela, nous devons toujours tenter de faire coïncider nos principes et notre pratique, être des sujets, des acteurs de notre vie. A partir du moment où on ne fait pas le deuil du sens, on a moins de risques de tomber malade. »

Nous renonçons à agir pour de nombreuses raisons, mais la principale est la peur de l'échec, comme si cela était pire que de ne pas agir du tout. En réalité, le plus dangereux est justement l'inaction, car il met en danger la chose la plus importante : « l'être soi ».

Pour les personnes se retrouvant en situation de découragement, l'outil le plus important à développer est le courage (d'agir). Celui-ci peut se décliner en deux volets : d'une part, le courage pour se protéger, assurer son autoconservation. D'autre part, le courage comme outil de régulation au niveau collectif. Prendre comme principe de ne pas participer au dysfonctionnement de l'écosystème dans lequel on évolue (l'école, le travail) « car on sait bien que le dysfonctionnement peut être un mode de fonctionnement dans nos sociétés ! » permet d'éviter l'inertie collective et de se retrouver découragé par les circonstances extérieures de sa vie.

Trouvons notre « Ikigai »

Afin de ne pas perdre de vue le sens de sa vie, trouver sa propre voie est un bon moyen de commencer. Les Japonais ont un mot pour désigner cette « voie » infiniment plus fin et précis que le nôtre : il s'agit de l'Ikigai. Idriss Aberkane, chercheur multi-diplômé en neurosciences cognitives, a présenté ce concept très stimulant.

Idriss Aberkane est un jeune Docteur diplômé des plus grandes universités américaines et françaises en neurosciences cognitives.

Celui-ci désigne le point à la réunion de quatre données : ce que tu aimes, ce pour quoi tu es bon, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi tu peux être payé. Il existe pour chacun de nous. En France, nous avons tendance à penser suivant un modèle de méritocratie, de « souffrantocratie » ironise le chercheur, comme s'il était nécessaire d'avoir souffert pour réussir. « Il faut arrêter d'opposer l'épanouissement et la productivité : quelqu'un d'épanoui n'est jamais un fardeau pour la société. »

"La peur de la fausse note" Miles Davis (un musicien de jazz américain) disait « l'échec c'est d'avoir peur de rater ». Lorsque ses musiciens lui confiaient qu'ils avaient peur de jouer une fausse note, il leur disait qu'en vérité, il n'y a pas de fausse note, car seules les suivantes permettent de savoir si c'était la bonne. Or quand on échoue, on coupe la musique, on n'écoute pas la suite…




Marion MORET
Journaliste

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