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Sophie Clanchet : « La mutation digitale, c'est d'abord un état d'esprit ! »

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Sophie Clanchet : « La mutation digitale, c'est d'abord un état d'esprit ! »
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La présidente du réseau Eurojuris France revient sur le récent congrès organisé à Versailles et livre, par la même occasion, son analyse du rapport Haeri et des grands challenges qui se profilent pour la profession d'avocat.

Affiches Parisiennes : Le congrès de Versailles, baptisé “Le droit est mort, vive le droit !” organisé par Eurojuris a été un véritable succès. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Sophie Clanchet : Ce congrès a effectivement rencontré un beau succès, ne serait-ce qu'à travers la présence, sur les deux jours, de quelque 300 membres d'Eurojuris pour les travaux et de 200 à la soirée au cours de laquelle nous fêtions les 30 ans de notre association..

Nous avons, par ailleurs, enregistré une véritable adhésion de nos membres aux sujets prospectifs qui leur ont été proposés. Ce congrès a également répondu à nos attentes par la qualité des intervenants, que ce soit Richard Susskind, Brian Kuhn, ou Joël de Rosnay. Ils nous ont livré les clés pour envisager l'avenir de notre profession, en traçant des perspectives à nos membres.. Nous avions ainsi les interlocuteurs prospectivistes ad hoc, dont le métier est justement de réfléchir à l'avenir, notamment à celui des professions libérales pour Richard Susskind.

leurs discours ont été entendu, notamment sur le développement de cette intelligence artificielle que nos membres ne craignent pas. C'est aussi l'un des points forts du congrès.

La signature de la charte éthique a également constitué un grand moment. Benjamin Jean espérait 50 signatures, plus de 70 intervenants l'ont signée, dans un beau moment d'unanimité et de cohésion. Cette charte répond à une attente, à la fois de nos membres, de nos partenaires et des différents prestataires présents.

Nous avons aussi réfléchi à l'évolution du réseau Eurojuris dans les années à venir, en décidant la création d'une structure dédiée à la technologie, à l'innovation et à la vraie transition digitale pour nos cabinets. Pour l'instant, nous l'avons baptisée le “Lab”. Cette structure va être composée de membres volontaires appartenant à notre réseau, qui ont cette vision innovante de notre profession.

A.-P : Eurojuris a une véritable vision de la modernisation des professions du droit ?

S.C.  : A mon avis, les professions du droit et du chiffre y sont aujourd'hui contraintes. Nos amis experts-comptables ont la même approche que nous. Nos échanges interprofessionnels –avocats, huissiers, experts-comptables– nous permettent une approche constructive des évolutions, dans le même élan et la même nécessité d'avancer.

Nous devons également prendre en compte les demandes de nos clients et les évolutions des technologies. Ce que l'équipe qui m'accompagne souhaite, c'est que nos cabinets adhèrent à cette mutation digitale par envie et non par contrainte. Nous voulons être précurseurs plus que suiveurs de cette transformation inexorable.

Notre structure innovation va rencontrer des prestataires et tester un certain nombre d'outils technologiques pour ensuite restituer à nos cabinets membres les solutions qui nous paraissent les plus pertinentes, afin de mener à bien cette transition digitale dans les meilleures conditions possibles.

A.-P : Toute cette innovation est d'ailleurs dans l'intérêt du client ?

S.C.  : Nous savons qu'aujourd'hui, un certain nombre de prestations peuvent être standardisées et ne constituent aucune valeur ajoutée pour l'avocat. Elles peuvent donc être proposées à un tarif intéressant, parfois par l'intermédiaire des partenariats que nous avons noués avec des legaltech, parfois par l'acquisition d'outils. Nous nous focalisons ainsi sur des prestations haut de gamme, sur mesure, du conseil, de la stratégie avec de la véritable valeur ajoutée pour le client. Et il y aura toujours un volet qui dépendra de la relation humaine. Les gens ont besoin de l'empathie et de l'écoute que l'avocat apporte.

« Beaucoup de cabinets ont un site depuis longtemps. En revanche, peu savent produire et vendre avec des produits digitaux. »

A.-P : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le rapport Haeri qui, justement, trace les grandes lignes de l'avenir de la profession ?

S.C.  : Le point positif de ce rapport est qu'il reconnaît la nécessité d'évolution de la profession d'avocat. Il va à l'encontre de certaines positions et de postures adoptées par nos Ordres et nos instances représentatives depuis un certain nombre d'années, autour de l'éthique et de la déontologie qui nous placeraient comme interlocuteur incontournable en matière juridique pour nos clients. L'évolution durant ces dernières années a montré que ce n'est plus le cas et qu'il faut aujourd'hui faire preuve d'innovation et s'adapter à l'évolution technologique et aux attentes des clients. Le premier mode d'entrée dans nos cabinets est aujourd'hui internet.

L'intérêt du rapport Haeri est donc de regarder la réalité en face et de dire que la profession doit bouger, évoluer... La commission Haeri, insiste aussi sur le volet formation des jeunes confrères. L'avocat ne peut plus se contenter d'être un bon juriste. Depuis longtemps, nous encourageons les Jurismus, nos membres de moins de 40 ans, à être innovants et à avoir une vision prospectiviste. Ce rapport consacre en quelque sorte le positionnement d'Eurojuris.

A.-P : Pour la première fois, un rapport fait également une place au bonheur...

S.C.  : Beaucoup d'avocats sont inquiets et cette question n'est pas dans ce rapport pour rien. Aujourd'hui, parmi nos jeunes confrères, le nombre de départs au cours des cinq premières années n'a jamais été aussi important. Être avocat est aujourd'hui compliqué. Certains médias prédisent au quotidien la mort de notre profession. Ces discours alarmistes ajoutent au stress et à la pression. Pour se faire une clientèle, il faut à présent être sur tous les fronts, notamment sur les réseaux sociaux, s'occuper du chiffre d'affaires, de la comptabilité, et gérer cet ensemble exigeant de tâches en parallèle de la vie familiale. Pensez-vous que dans ces conditions, un jeune avocat peut-être véritablement heureux ? A ce niveau, l'aide d'un réseau comme le nôtre peut être précieuse. Nous communiquons et nous dédramatisons la situation. Nous n'allons pas disparaître. Adaptons-nous, innovons, soyons moderne, en répondant à la demande des clients. D'ailleurs, beaucoup des membres d'Eurojuris ont du recul par rapport aux contraintes de la profession et arrivent à s'organiser afin de dégager du temps pour faire autre chose.

Notre association a 30 ans et nous avons totalement renouvelé la direction des cabinets. Ils sont aujourd'hui tenus par des trentenaires et des quarantenaires qui ont aussi des ambitions. Ils ne veulent pas vivre leur profession en sacrifiant leur vie privée. Ils font du sport, assument des mandats électifs dans leur ville ou leur commune. La relation au bonheur et au bien vivre a évolué avec l'âge moyen des avocats des membres du réseau Eurojuris.

Dans le cadre de la certification ISO 9001 nous donnons périodiquement à nos membres des pistes pour une meilleure gestion du temps, pour une organisation plus efficace, pour sérier les problèmes, fidéliser les collaborateurs... Ces formations portent leurs fruits et aident à bien vivre la profession.

A.-P : Et que pensez-vous de la création d'une grande profession du droit ?

S.C.  : Plusieurs rapports ont déjà préconisé la création d'une grande profession du droit. Nous avons pensé que le texte concernant l'interprofessionnalité et les décrets d'application constituaient un premier pas, mais c'est un petit pas, car ces textes ne vont pas assez loin.

Les clients ne comprennent pas toujours le cloisonnement qui existe entre les professions du droit. Construire une offre qui répond à tous ses besoins paraît également être dans l'air du temps. Beaucoup de pays d'Europe ont déjà franchi le pas. Par exemple, en Allemagne, l'avocat est également administrateur judiciaire et notaire.

A.-P : Concernant Eurojuris, quels sont les événements majeurs qui vont marquer cette année 2017 ?

S.C.  : Le réseau va tout d'abord continuer la campagne de communication initiée l'année dernière. Elle nous permet d'avoir aujourd'hui une belle visibilité dans la presse spécialisée, mais aussi sur le plan national. Nous allons, par ailleurs, continuer à travailler avec les experts-comptables dans le cadre du groupe “chiffre et droit” qui est déjà mis en place. Nous avons déterminé un certain nombre de sujets sur lesquels nous souhaitons échanger. L'idée est de concevoir des produits communs, dans l'intérêt du client. Voilà, avec les premiers pas du Lab, les temps forts de l'activité d'Eurojuris pour l'année 2017.

Concernant les grands événements réseau, nous organisons Jurismus le dernier week-end de septembre. Nous avons également nos formations continues toute l'année et les activités du club des managers.

Sur la transformation digitale des cabinets, nous avons travaillé une formation avec Leganov pour proposer aux membres d'organiser leur sollicitation personnalisée sur internet avec les bases de données prospects, la rédaction d'accroches, l'animation des réseaux sociaux. Durant le récent Jinov, Alexis Deborde précisait que la transformation digitale implique davantage un changement de production plutôt qu'un simple outil, ce qui va contraindre nos membres à formaliser et à packager leurs offres, en s'adressant un peu plus aux clients. Avec l'ambition pour nos membres d'être plus visibles, plus accessibles et plus performants.

Le partenariat avec Leganov constitue une aide pour nos membres à travers les bonnes mesures à mettre en place dans les cabinets, selon les spécificités de chacun.

La transformation digitale passe donc par l'accompagnement qui permet de définir les bonnes pratiques pour chaque membre ; le Lab apportant pour sa part les outils et les bons prestataires.




Emilie BOUSQUET
Journaliste

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