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Ronan Kervadec : « Nous imaginons et construisons le cabinet d'avocat de demain »

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Ronan Kervadec : « Nous imaginons et construisons le cabinet d'avocat de demain »
© DR - Ronan Kervadec, asssocié Avoxa, montre que l'économie numérique peut cohabiter avec l'économie traditionnelle.

Ronan Kervadec est l'un des principaux animateurs du réseau Avoxa, regroupant des avocats de Paris, Rennes, Brest, Nantes et Lyon. A travers son activité parisienne, orientée « digital », cet avocat “startuppeur” démontre que l'économie numérique peut parfaitement cohabiter avec l'économie traditionnelle, au point d'y trouver les pistes d'un développement d'avenir.

Affiches Parisiennes : Pouvez- vous nous présenter Avoxa, le réseau auquel vous appartenez ?

Ronan Kervadec : Avoxa est un réseau créé en 2007 par une structure rennaise. L'idée initiale de ce regroupement était de fédérer des avocats bretons sous une même identité, pour partager des valeurs, des outils, des savoir-faire tout en laissant à chacun sa pleine liberté d'exercice et sa totale responsabilité. Il a été étendu à Nantes, Brest, Paris et Lyon notamment et compte aujourd'hui 70 personnes, dont une vingtaine d'associés et une trentaine de collaborateurs.

Chaque entité locale est liée au groupe Avoxa par un contrat mais chacun préserve son statut juridique, ses spécificités d'action et son organisation. Ce mode de fonctionnement résonne d'ailleurs avec les fonctionnements de nombre de nos clients.

« Le réseau Avoxa a cette particularité de laisser chacun de ses membres libre et responsable. »

Nous sommes tous conscients que notre profession est en pleine mutation. Avoxa nous permet aussi de partager une même vision de ce que doit être la modernisation de nos services et de nos fonctionnements. Dans cet objectif nous imaginons et co-construisons ce que nous croyons être le cabinet de demain, capable de répondre plus spécifiquement aux nouveaux besoins de nos clients. Nos structures sont toutes pluri-disciplinaires et couvrent les principaux domaines du droit des affaires : droit des structures, droit commercial, fiscal, social, etc.

Avoxa est également membre depuis plusieurs années d'ADVOC, qui lui permet d'étendre son réseau à l'international notamment en Angleterre et aux Etats-Unis, pays avec lesquels beaucoup d'entre nous travaillent.

A.-P. : Pouvez-vous nous présenter l'activité d'Avoxa à Paris ?

R. K. : L'activité parisienne est assez orientée « digital » et influencée par mon profil. Outre ma formation en droit, j'ai exercé au sein d'entreprises comme Microsoft ou Atos Euronext et en cabinets avant de cofonder en 2012 une plateforme d'économie collaborative en marge de mon activité d'avocat : Boaterfly, une sorte d'Airbnb et de Blablacar du bateau. Cette expérience a nourri des rencontres fortes au sein du secteur du digital à Paris qui est donc assez représentatif de l'activité parisienne, même si il n'est pas exclusif.

Dans cet univers, je conseille les entreprises sur leur développement, à travers les levées de fonds, les rapprochements, les partenariats. Je réalise ces derniers avec d'autres clients qui viennent pour leur part de l'économie traditionnelle, des sociétés de services à la petite industrie. Ces PME n'interviennent pas forcément dans le digital mais elles trouvent dans ces nouvelles économies de nouveaux vecteurs de croissance. Regardez par exemple les partenariats ou prises de participation qui sont intervenus récemment entre des grands groupes comme la SNCF, la MAIF ou PSA dans l'économie collaborative.

Ca démontre que l'économie digitale peut cohabiter avec l'économie traditionnelle. En ce sens, les avocats sont le lien et le lieu qui permettent la rencontre. L'avocat a un vrai rôle de conseil, d'entremetteur et d'accompagnateur à jouer en la matière pour ses clients. Nous devons assumer pleinement notre rôle de « deal makers » sur tous les plans.

En 2015, avec Bérengère de Beaucoudray nous avons été choqués par la une d'un hebdomadaire qui comparait Airbnb, Uber et Blablacar à des « barbares ». Voilà comment les médias traitaient des start-up qui avaient simplement fait bouger les lignes, alors que cette économie collaborative était une source d'innovations. Nous avons donc monté la première fédération professionnelle des plateformes collaboratives, avec Heetch, Allovoisins, Airbnb, Needelp, Wingly, Vide dressing etc. J'en ai assuré la présidence jusqu'aux dernières élections législatives.
L'avocat a donc aussi toute sa place dans la structuration de secteurs d'activité pour mieux les promouvoir et favoriser le développement des acteurs économiques qui les constituent.

A.-P. : Etes-vous un avocat startupper ?

R. K. : Avocat entrepreneur, oui. J'ai toujours été fasciné par les découvertes scientifiques et l'innovation. Entreprendre, au sens économique, c'est innover constamment pour satisfaire une demande et des besoins qui évoluent continuellement. Pour Boaterfly, on a simplement constaté que des propriétaires de bateaux cherchaient à rentabiliser leurs investissements couteux et que des amateurs de sorties en mer souhaitaient des solutions plus flexibles et meilleur marché que l'offre traditionnelle... Internet offrant les outils adéquats aujourd'hui, il n'y avait qu'un pas !

Aujourd'hui je comprends mieux les problématiques des jeunes startuppers et des entrepreneurs en général. Elles sont nombreuses, parfois décourageantes mais s'il est bien accompagné, notamment par un avocat, un entrepreneur motivé a de belles chances de voir son projet prospérer. Je suis convaincu que l'avocat doit être placé au quotidien au plus près des équipes dirigeantes et des instances décisionnelles. Par sa connaissance des mécanismes de structuration, des dispositifs de financement, son évaluation du risque, son réseau d'investisseurs et de chefs d'entreprises, il est un maillon essentiel du développement d'une société. Il permet d'aller plus vite et d'éviter certaines erreurs stratégiques.

Cette démarche s'applique aussi à lui-même : continuer d'innover sur son propre métier. Je crois que les avocats doivent dépoussiérer un peu leur image. Ce que j'ai fait dans l'économie collaborative en créant cette start-up et la fédération des plateformes collaboratives, je veux également l'entreprendre dans le monde des avocats, raison pour laquelle j'ai rejoin Avoxa en 2015. C'est la démarche de cette structure : transformer notre modèle avec une nouvelle vision et de nouveaux outils pour des clients dont les besoins évoluent.

Ronan Kervadec prend la suite de Florian Bachelier

Avoxa Rennes annonce la poursuite par Ronan Kervadec des activités de Florian Bachelier, qui a été élu député de la 8e circonscription d'Ille-et-Vilaine et qui s'est donc mis en retrait de son activité d'avocat.

Ronan Kervadec, associé Avoxa depuis deux ans à Paris, assure donc le suivi des dossiers et la gestion de l'équipe que dirigeait Florian Bachelier au sein du département Droit des sociétés et structures.

Initiée depuis plusieurs mois, la transition entre les deux hommes s'effectue naturellement partageant déjà des secteurs de compétences identiques et une même vision du métier d'avocat. Lui succède à la présidence du réseau Avoxa Cécile Herry, du cabinet Avoxa Rennes, accompagnée par le comité de direction dans lequel Ronan Kervadec a été nommée.

La décision de Florian Bachelier s'est naturellement portée sur son confrère Ronan Kervadec, arrivé au sein du réseau Avoxa en 2015 sous son impulsion. Les deux hommes partagent des profils professionnels similaires et un état d'esprit très entrepreneurial qui s'illustre tant par les secteurs dans lesquels ils interviennent (nouvelles technologies, services et industrie notamment), que par leur appétence commune pour la nouvelle économie et le digital. Ronan Kervadec reprend donc le management de l'équipe de cinq personnes avec laquelle il collabore, déjà depuis plusieurs mois sur différents dossiers.

A.-P. : Etes-vous attacheé au principe de forfait d'honoraires que certains avocats défendent actuellement ?

R. K. : Aujourd'hui, quand les startuppers ont besoin de statuts ou de pactes d'actionnaires, ce n'est pas seulement les documents papier qu'on leur vend, parce qu'ils les trouvent eux-mêmes assez facilement sur internet. Notre valeur ajoutée est sur le conseil et l'approche stratégique de leurs problématiques propres. C'est là que la profession d'avocat prend son sens. On forfaitise certaines interventions, notam- ment à la création des entreprises, mais dans la réalité c'est un forfait d'heures de conseil qui est souscrit et un accompagnement dans le temps.

Nous proposons ensuite des forfaits différents pour ce que nous appelons la "direction juridique externalisée", notamment pour les TPE et les petites PME. Nous avons mis en place ce service après avoir perçu que cette demande n'était pas satisfaite. Nos clients ont besoin d'un accompagnement juridique récurrent, sans avoir ni les moyens ni l'envie de s'offrir un juriste en interne. Nous mutualisons donc ce service, auprès d'un avocat, spécialiste du droit des contrats, du droit social ou fiscal par exemple. Nos clients peuvent ainsi budgéter notre intervention, en redéfinissant les coûts si leurs besoins deviennent plus importants.

Cela répond aussi à leur obligation de mise en conformité avec certaines règlemen- tations qui requièrent l'intervention ponctuelle mais importante d'un juriste. Je pense par exemple à la réglementation sur les données personnelles qui va évoluer l'an prochain avec l'entrée en vigueur du règlement européen.

A.-P. : Dans cet esprit, avez-vous des collaborateurs juristes au sein d'Avoxa ?

R. K. : Nous avons en effet au sein du réseau des collaborateurs que nous pouvons détacher en entreprise. Je l'ai moi-même été par le passé. Je connais donc bien les problé- matiques des entreprises et de leurs juristes. Je mesure l'incompréhension qui peut exister parfois entre les équipes commerciales ou marketing et les services juridiques.

A.-P. : A ce propos, que pensez-vous du projet d'avocat en entreprise ?

R.K.: Il y a beaucoup de pays où tous les juristes d'entreprise sont avocats. Pour moi, ce n'est pas une question de diplôme qui se pose, mais une question deconfidentialité.Sil'avocatest en entreprise, il lui est difficile d'appliquer la confidentialité de ses correspondances en ayant un lien de subordination avec son employeur.

En revanche, que nous soyons face à des juristes français ou étrangers, nous avons souvent en face de nous des professionnels qui maîtrisent leur domaine et qui sont d'excellents praticiens du droit. Cette qualité n'est pas réservée aux seuls avocats.

Il y a donc forcément un dispositif à imaginer pour ce projet d'avocat en entreprises.

A.-P. : Etes-vous pour l'interprofessionnalité ?

R. K. : Là en revanche, c'est une question de diplôme ! Les experts-comptables sont pour nous des partenaires essentiels dans les opérations que nous menons pour nos clients. Nous travaillons avec eux parce que ce sont des professionnels du chiffre, que nous sommes des professionnels du droit et que nos activités sont parfaitement complémentaires.

A titre personnel, il ne me viendrait pas à l'idée de faire du chiffre. Je pense donc qu'un expert-comptable n'a pas forcément vocation à faire du droit. Il est en revanche un interlocuteur indispensable aux professionnels du droit. Dès lors, on peut imaginer le développement de cabinets d'avocats dans lesquels seraient intégrés des professionnels de l'expertise-comptable.

Les synergies sont nombreuses et une fois encore, la pluri-disciplinarité permettrait de répondre plus efficacement encore aux problématiques des équipes décisionnelles des entreprises. Il est donc tout à fait envisageable de voir progressivement se multiplier des structures professionnelles, conseils d'entreprises “full service”, qui regrouperaient à la fois le droit et le chiffre.




Anne MOREAUX
Journaliste

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