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Romain Dupeyré : Un avocat « En marche » !

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Romain Dupeyré : Un avocat « En marche » !
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Romain Dupeyré est avocat aux barreaux de Paris et de New York, diplômé des facultés d'Aix-en-Provence et de Georgetown. Il est également animateur du comité Hommes & Femmes de Droit : En Marche ! (HFDEM), un forum d'idées et de réflexion sur les questions de droit et de justice.

A.-P. : Comment est né le comité Hommes & Femmes de droit En Marche ?

R. D. : Comme beaucoup d'adhérents au sein du mouvement En Marche, je n'ai jamais eu une appétence forte pour l'implication dans des mouvements politiques. En revanche, j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt le parcours d'Emmanuel Macron. Il est jeune et dénote du personnel politique habituel. Je me suis souvent retrouvé sur son track record (bilan, ndlr) de décisions, sur des sujets dont il avait notamment la charge. J'ai adhéré au mouvement en mai dernier, ce qui est une formalité assez légère puisqu'il suffit de s'inscrire en ligne. Nous sommes actuellement plus de 190 000, ce qui constitue un premier pas vers l'implication et l'intérêt pour le mouvement. Il faut mettre ce chiffre en perspective avec les 42 000 militants cotisants du Parti socialiste.

A.-P. : D'adhérent, vous êtes devenu membre actif…

R. D. : C'est à la rentrée que je me suis demandé comment allait se présenter la campagne. Je viens plutôt du Centre droit, comme beaucoup d'adhérents d'En Marche. Au regard du résultat des Primaires à droite, au moment où Emmanuel Macron s'est déclaré candidat à la Présidentielle, j'ai décidé de m'engager davantage. Depuis novembre, je suis très impliqué dans la campagne au niveau local.

A.-P. : Comment s'organise ce mouvement ?

R. D. : Ce mouvement qui existe depuis moins d'un an tient beaucoup de la start-up, ce qui est sympathique et attrayant. Sa hiérarchie est horizontale. Derrière Emmanuel Macron, il y a dix délégués nationaux, cinq hommes, cinq femmes, et cent référents pour toute la France et les territoires ultramarins qui sont, pour la plupart, issus de la société civile. Le rôle de ces derniers est de coordonner l'action des comités, la cellule de base d'action du mouvement – il y en a actuellement plus de 3 700. Créer l'un de ces comités est très simple, cinq minutes suffisent. En revanche, il est important de le faire vivre. Le créateur du comité prend le rôle d'animateur. La mission de ce dernier est d'organiser un certain nombre de réunions-débats portant sur le diagnostic du pays et le plan global de transformation. Je me suis intéressé à cette démarche et ai participé à une série de réunions sur l'éducation, la santé, la solidarité, l'environnement, la vie démocratique. À travers une sensation de respiration démocratique et beaucoup de diversité sociale, elles m'ont beaucoup intéressé.

Fin novembre, j'ai proposé d'animer un groupe thématique consacré au droit, en m'adressant à des catégories socioprofessionnelles très variées. Le siège a accepté à la fois la démarche et la dénomination « Hommes & Femmes de Droit : En Marche ! » (HFDEM). On peut trouver ce comité sur la plateforme du mouvement. Il fait partie d'un certain nombre de comités dits « affinitaires », par exemple Agriculteurs en Marche, Transition Écologique en Marche (TEEM), Les Profs en Marche, etc.

Les animateurs de l'ensemble des comités du 16e arrondissement se réunissent une fois par semaine autour de notre référente, Agnès Pannier. Nous bénéficions néanmoins d'une grande liberté d'action. C'est une des valeurs assumées du mouvement.

A.-P. : Le tout sans réel clivage politique…

R. D. : Il y a beaucoup de mesures qui ne sont ni de droite ni de gauche et qui nous rassemblent tous. Par exemple, la formation professionnelle représente chaque année 32 milliards d'euros, laissés sous la responsabilité des organismes paritaires. Leur gestion est toutefois loin d'être optimale, comme l'a dénoncé la Cour des comptes récemment. Il faut la tutelle de l'État. Il y a ainsi beaucoup de sujets qui font consensus et qui nous permettent d'avancer.

La personnalité d'Emmanuel Macron nous rassemble également. Il est quelqu'un de très structuré, après son passage à l'ENA et avec son bagage philosophique très important, et parvient à susciter de l'énergie chez les autres. J'apprécie cette capacité à concilier structure et énergie.

« Nous devons avoir des legaltechs fortes et dynamiques pour faire rayonner le droit français dans le monde. »

A.-P. : Que représente un comité ?

R. D. : Un comité regroupe souvent 20 ou 30 personnes, à l'échelle de quelques rues, avec l'objectif de mobiliser. Le mouvement travaille actuellement à l'élaboration d'une charte de l'animateur, pour encadrer la mission. Pour l'heure, les comités sont soumis à peu de règles. Les principales : la bienveillance… et l'impossibilité d'engager des frais. En Marche est une association loi 1901, soumise à la législation qui régit le financement de la vie politique. Comme le mouvement s'est développé de manière virale et participative, il est très difficile de maîtriser les éventuelles dépenses de milliers de comités. Il est donc logique de prohiber toute dépense. Certes, c'est une contrainte, mais elle contribue à la convivialité des échanges. Nos réunions sont organisées très simplement, dans des bars parisiens où chacun règle sa consommation.

Je tiens à préciser que le mouvement En Marche ne reçoit aucun subside de l'État contrairement aux autres partis. Il fonctionne grâce aux dons. La plupart des sympathisants versent entre 30 et 40 euros. Seuls 3 % des donateurs font des chèques supérieurs à 4 000 euros dans la limite d'un plafond de 7 500 euros.

A.-P. : Vous avez organisé les premières réunions-débats ?

R. D. : À la suite du meeting d'Emmanuel Macron, porte de Versailles le 10 décembre, j'ai décidé d'organiser un premier after convivial. J'ai ensuite préparé un autre événement, en demandant à Louis Degos, président de la commission Prospective du Conseil national des barreaux, d'intervenir. Il a pu mettre en perspective le travail du ministre Emmanuel Macron sur les professions réglementées du droit. Nous avons pu réunir autour de lui une cinquantaine de participants, avec une diversité de profils. À cette occasion, nous avons trouvé notre tempo et notre état d'esprit. Le rendez-vous suivant nous a permis de recevoir Stéphanie Fougou directrice juridique de Vallourec et Marc Mossé directeur affaires publiques d'Europe Microsoft, présidente et vice-président de l'AFJE, afin de débattre sur la compliance, la confidentialité et la compétitivité des juristes d'entreprise. La troisième réunion a récemment accueilli Kami Haeri, avocat au barreau de Paris pour exposer son rapport sur l'avenir de la profession d'avocat qui lui a été confié par le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas. Nous allons débattre également de l'influence de l'intelligence artificielle dans le domaine du droit. Avec un peu de recul, on comprend pourquoi Emmanuel Macron avait souhaité, dans la loi éponyme, ouvrir la profession d'avocat à des activités commerciales annexes, permettant notamment l'investissement dans les legaltechs. Chaque rencontre est pour nous l'occasion d'échanger avec des professionnels du droit venus d'horizons très différents.

« Dans le mouvement ‘‘En Marche'', il y a une team juristes dont le comité HFDEM. »

A.-P. : À ce moment de la campagne, quel est votre rôle ?

R. D. : Aujourd'hui, au sein de notre comité, nous sommes des agitateurs d'idées avec un double rôle de réflexion et de mobilisation. La réflexion continue avec le magistrat Antoine Garapon. Il sera suivi, la semaine suivante, par une réunion sur la justice du travail avec Gilles Bélier, avocat honoraire et membre du Haut Conseil pour l'emploi, puis, début mars, de Jean-Pierre Mignard, avocat au barreau de Paris, maître de conférences à Sciences Po et membre du comité politique d'En Marche, qui aura, je crois, un discours de combat. Cette réflexion nous permet d'identifier les préoccupations et l'évolution des besoins des professionnels du droit, avocats, magistrats, juristes d'entreprise…

Notre comité travaille en coordination avec le siège du 99 rue de l'Abbé Groult, dans le 15e arrondissement. Nous sommes la face visible du mouvement vis-à-vis des professions juridiques. Dans cette stratégie « bottom up », nous éditons des notes thématiques et des comptes rendus que nous transmettons au groupe de réflexion sur la justice, auquel appartient notamment le magistrat Éric Alphen.

Il y a, par ailleurs, l'aspect mobilisation. L'idée est de dire aux gens « venez voir comme ça se passe dans notre mouvement ». Nous réfléchissons ensemble et nous mettons en perspective le débat avec les propositions de notre candidat. Je suis pour une persuasion douce. Je veux sensibiliser au mouvement, au programme et à l'intérêt que nous portons à ces professions.

A.-P. : Sur un plan plus personnel, vous suivez sans doute le débat actuel qui agite le CNB autour de l'augmentation des frais de scolarité des élèves avocats et la collaboration qualifiante ?

R. D. : Le « CNBgate », comme le mentionnait un récent tweet, est un sujet délicat auquel nous devons réfléchir. Quel est le constat ? Selon le CNB, les centres régionaux de formation professionnelle des avocats ont vu leurs dépenses augmenter sans que les recettes suivent. Ces CFPA sont financés par l'État – qui donne moins qu'il le devrait –, les élèves avocats, à hauteur de 1 600 euros pour l'instant, et les avocats en exercice, dont la contribution a augmenté, mais pas au point de trouver l'équilibre, ainsi que d'autres ressources alternatives. Le CNB veut intervenir sur ces trois principaux contributeurs, notamment en doublant les frais d'inscription. Des lignes de fractures sont néanmoins apparues sur les modalités de financement des centres à l'avenir.

Il est donc important de repenser les missions dévolues à ces centres afin de pourvoir utilement à leur financement. Le rapport Haeri, sur l'avenir de la profession d'avocat, préconise par exemple d'alléger les enseignements. Est-ce que cet allégement ne peut pas permettre de dégager quelques marges ?

Le rôle des responsables politiques est de donner des perspectives pour que tout le monde puisse trouver sa place dans le métier qu'il souhaite exercer.

Comme le souligne Kami Haeri, certes il y a deux fois plus d'avocats qu'il y a 20 ans, mais dans le même temps, le chiffre d'affaires a triplé. Ce qui me plaît dans le programme d'Emmanuel Macron, c'est cette notion de confiance collective. Les Français doivent prendre le risque d'entreprendre. Mais si la tentative échoue, il doit y avoir de la solidarité pour les professions indépendantes. Sans aide, nul ne tente quoi que ce soit et cela devient sclérosant. Il faut créer cette dynamique pour les avocats, les notaires et les huissiers, les juristes d'entreprise, et l'ensemble de la communauté des professions du droit.

A.-P. : À travers votre démarche, quels messages forts souhaitez-vous faire passer ?

R. D. : À titre personnel, il me semble qu'en matière de justice, il y a des réformes qui font aujourd'hui l'unanimité. Par exemple, nous sommes tous d'accord sur la nécessité de construire des prisons pour rattraper, à tout le moins, les 10 000 places manquantes, même si ce n'est pas une fin en soi. La réflexion doit aller plus loin, en identifiant leur financement et en trouvant des alternatives en matière de traitement des peines.



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