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Réforme du droit du travail : que faut-il corriger dans l'apprentissage ?

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Réforme du droit du travail : que faut-il corriger dans l'apprentissage ?

La refonte de l'apprentissage chez les jeunes fait partie du chantier de la réforme du droit du travail engagée par Emmanuel Macron et son Gouvernement. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé que les discussions débuteraient au début de l'automne 2017. L'objectif est de développer massivement l'offre des entreprises en direction des moins de 25 ans afin de lutter efficacement contre le chômage des jeunes.

Georges Abi Aad est un restaurateur propriétaire de trois établissements dans le centre de Paris : Un des sens, L'Annexe (Paris 8e) et Le Moderne (Paris 2e). Il a un effectif de 30 employés dont six apprentis (deux par établissement). Familier de ce mode de recrutement, nous avons souhaité lui demander son avis sur certains points de la réforme à venir.

Le Gouvernement souhaite développer les offres d'emplois dans le domaine de l'apprentissage afin de faire baisser le chômage chez les moins de 25 ans. Pensez-vous que cela est pertinent ? Que diriez-vous aux jeunes afin de les inciter à choisir cette voie, autrement que par la négative, c'est-à-dire, pour ne pas être au chômage ?

Je leur dirai que cela leur permet d'être dans la vie active avant les autres, d'avoir une rémunération. Ça change… Ici, [à Un des Sens] on a le petit Cyril qui a 16 ans, il vient d'avoir sa première paye, il était tout content ! Ce sont souvent des jeunes de quartiers qui entrent en cuisine, pas tous, mais c'est la majorité. Cela leur apporte une autre vision de la vie, ils vont à l'école, puis en entreprise, et quand ils rentrent à la maison, ils peuvent s'acheter quelque chose. Ils ont un pouvoir d'achat. C'est super motivant… L'apprentissage permet de construire quelque chose sur le long terme, de se dire que cinq ou six ans après avoir commencé, on peut avoir un poste de commis ou de chef, s'acheter une maison… Faire sa vie, tout simplement.

Après, c'est quand même une bonne chose, une bonne gestion de l'apprentissage fera toujours baisser le chômage. Mais surtout celui des jeunes entre 16 et 20 ans. C'est très, très, rare d'avoir des apprentis âgés de plus de 20 ans. Sur les dix apprentis que j'ai eus en deux ans, je n'en ai eu qu'un seul car il était en réorientation. Je pense que la réforme peut faire baisser le chômage des jeunes en dessous de 20 ans, au-delà pas vraiment, car ceux qui ont pris cette voie jeunes poursuivent là-dedans ensuite.

Un député appartenant au groupe parlementaire Les Républicains a proposé de rendre accessible la voie de l'apprentissage dès 14 ans (elle l'est à 16 ans actuellement). Pensez-vous que cela est une bonne idée ?

Cela me paraît un peu jeune… Déjà pour les apprentis de 16 ans, on rencontre des problèmes, surtout dans notre métier. Ils ne peuvent pas travailler au-delà de 22 heures donc c'est compliqué en restauration. Ensuite, il y a un certain nombre de machines qu'ils ne peuvent pas toucher, comme la trancheuse à jambon, enfin, tout ce qui coupe. Donc si à 16 ans ils ne peuvent pas toucher certaines machines, à 14 ans ils ne pourront faire que regarder ! Il y a aussi le côté social qui va bloquer. C'est une grosse prise en charge, c'est déjà une responsabilité à 16 ans. À 14 ans, cela serait ingérable pour les entreprises.

Pensez-vous que le système en place actuellement est intéressant financièrement pour engager des apprentis ou peut-il être amélioré ?

Aujourd'hui, oui, c'est intéressant. Surtout pour les jeunes en dessous de 18 ans, on leur verse une paye de 250 euros par mois la première année, 380 la deuxième, et 580 la troisième. On n'a presque pas de charges dessus… Ce sont donc les avantages fiscaux et la faible rémunération qui nous poussent à prendre des jeunes en apprentissage. Cela compense le temps que l'on passe à les former, à répéter les mêmes choses. C'est un bon compromis, cela équilibre la balance. Par rapport à un employé lambda, on le paye moins mais on passe davantage de temps avec lui. Le financement n'est donc pas du tout un point de blocage pour recruter des apprentis.​

Quels seraient les autres points à améliorer selon vous ?

Je pense qu'il y a trois points sur lesquels on devrait se pencher. Déjà, il y a la question de la formation à l'école. Quand on discute avec les autres restaurateurs, on est 100 % à penser que le problème se trouve là. Après, c'est facile de rejeter la faute ailleurs, il y a aussi des problèmes dans les restaurants bien sûr, personne n'est parfait ! Mais on pense qu'il y a un gros décalage entre la théorie enseignée à l'école et la pratique en entreprise.

Il y a déjà un problème de communication entre l'école et l'entreprise. Cela peut être résolu très rapidement. On n'a pas besoin d'engager davantage de monde ou de prévoir plus de part de budget. Ce qui serait bien, ce serait de faire des réunions pour que les trois parties se rencontrent et discutent, une fois par trimestre, par exemple. Nous, on se déplace à l'école, il n'y a pas de problème. On n'a pas de contact avec les parents des jeunes non plus. Ce qui fait qu'il n'y a aucun pont entre les trois sphères de la vie de l'apprenti.

Ensuite, le temps passé à l'école est peut-être un petit peu trop long… On ne dit pas ça pour qu'ils passent plus de temps avec nous et que l'on produise plus, parce que la première année c'est de l'investissement pur pour l'avenir, ils ne sont pas encore autonomes. Une semaine sur deux, c'est énorme, le mieux ce serait plutôt 15 jours en entreprise et 7 jours à l'école. Sinon il y a un trop gros décalage lorsqu'ils reviennent de l'école.

Enfin, il y a peut-être un problème au niveau des formateurs à l'école. J'ai été très étonné de constater que la plupart des professeurs n'ont jamais eu d'expérience professionnelle en restauration ! Ils ont appris la cuisine à l'école puis ils ont choisi la voie de la formation. Donc leur enseignement reste très théorique, alors que c'est un métier où il n'y a pas de théorie ! Dans les métiers manuels, il faut une légitimité pour enseigner. Ce qu'ils n'ont pas face à des chefs en cuisine qui ont vingt ans d'expérience… J'ai remarqué que les jeunes sont moins motivés à l'école qu'à l'entreprise. Ils ont besoin de quelqu'un qui leur inspire confiance, d'un mentor, ce qu'ils trouvent en entreprise : le chef est vraiment le papa de l'apprenti en cuisine !

Je pense que si on s'intéresse à ces trois facteurs, cela ferait bouger pas mal de choses. On n'a pas besoin de faire de grands plans d'investissements ou de chambouler le système en place, car il fonctionne déjà bien.

Le contrat d'apprentissage en 7 points :

  • C'est un contrat conclu entre un employeur et un salarié, de type CDD ou CDI ;
  • Quel est son objectif ? Permettre à l'apprenti de suivre une formation générale, théorique (au centre de formation d'apprentis (CFA)) et pratique (dans l'entreprise), en vue d'acquérir un diplôme d'Etat (CAP, BAC, BTS, Licence, Master) ou un titre à finalité professionnelle inscrit au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ;
  • Qui peut embaucher ? toutes les entreprises du privé, les associations, les entreprises de travail temporaire et proposant des activités saisonnières ; le secteur public non industriel et commercial
  • Pour combien de temps ? De 6 mois à 4 ans selon le profil de l'apprenti (travailleur handicapé, sportif de haut niveau…) et le type de diplôme ;
  • A partir de quel âge ? En principe16 ans, 15 ans si le jeune justifie avoir accompli la scolarité du premier cycle de l'enseignement secondaire ;
  • Pour quel salaire ? La rémunération varie en fonction de l'année d'exécution du contrat, selon un pourcentage du SMIC déterminé en fonction de l'âge du jeune et de sa progression dans le cycle de formation. Par exemple, en restauration, le salaire s'élève à 250 euros la première année, 380 la deuxième, 580 la troisième.
  • Quels droits pour l'apprenti ? Des congés payés, des RTT, 2.5 jours de congés par mois travaillé (30 jours par an), une couverture maladie, un temps de travail qui ne peut pas dépasser la durée légale applicable dans l'entreprise.



Marion MORET
Journaliste

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