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Quel est le poids de l'Europe à l'international ?

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Quel est le poids de l'Europe à l'international ?
© Conseil d'Etat - Valéry Giscard d'Estaing livre son analyse stratégique, entouré par Jean-Marc Sauvé et Hubert Védrine.

Le Conseil d'Etat a eu l'honneur d'accueillir le président Valéry Giscard d'Estaing pour la conférence de clôture du cycle des entretiens sur l'Europe consacrés à l'avenir de l'Union européenne à la lumière des défis auxquels elle est confrontée. Les interventions du vice-président du Conseil d'Etat, Jean-Marc Sauvé, de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, et de l'ancien secrétaire général du service européen pour l'action extérieure, Alain Le Roy, ont brossé un portrait assez contrasté de la puissance de l'Europe dans le monde.

« La force et la coercition ne sont pas les seuls critères pour imposer sa puissance », a rappelé Jean-Marc Sauvé en introduisant les débats. En effet, l'Union européenne a su s'imposer par le droit et la défense des libertés fondamentales. Si elle n'a pas de poids politique explicite et ne représente pas une puissance militaire, l'Europe n'en est pas pour autant dépourvue de force diplomatique et économique. Elle est d'ailleurs « définie comme une puissance informative », selon le vice-président du Conseil d'Etat.

Les onze conférences du cycle, lancé depuis deux ans, ont confirmé cet état de fait en débattant des trois questions européennes fondamentales : son architecture, ses politiques et son identité. Pour la conférence de clôture, le Conseil d'Etat a réuni des acteurs et témoins d'une actualité qui bouleverse la construction européenne. Ils ont livré leur vision du poids de l'Union dans le monde, par le prisme du dialogue des juges, de la diplomatie européenne et de l'analyse politique et stratégique du devenir de l'Europe.

Alain Le Roy, ancien secrétaire général du service européen pour l'action extérieure, Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d'Etat, Valéry Giscard d'Estaing, ancien président de la République, et Huber Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères ont livré leur vision du poids de l'Europe dans le monde © Conseil d'Etat.

Une puissance juridique

L'Union européenne pèse sur la scène internationale par le droit et non pas par la force, a commencé par expliquer Jean-Marc Sauvé.

En effet, l'ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine estime qu'elle a « un poids juridique indéniable ».

Il s'agit d'une influence réelle dans le monde, même si elle est singulière. L'Europe s'est fondée sur la recherche d'une volonté commune, d'une interdépendance entre Etats, mais surtout sur l'instauration de la paix et la défense des libertés fondamentales. D'ailleurs la primauté du droit européen sur les droits internes a été consacrée dès les années 1960.

L'Union européenne a aussi reçu le Prix Nobel de la paix en 2012 pour son action en faveur de la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l'homme. Cela auréolait notamment les succès des opérations menées dans les Balkans et dans le golfe d'Aden au large de la Somalie.

Alain Le Roy, ancien secrétaire général du service européen pour l'action extérieure, a évoqué la nécessiter d'harmoniser la jurisprudence sur le droit d'asile. L'expert souhaite développer l'idée de partenariat avec les pays africains pour essayer d'avoir un contrôle et un partage équilibré des flux migratoires.

Jean-Marc Sauvé a rappelé que « l'Union est intrinsèquement fondée sur le droit » et que son action extérieure est doublement normative car elle repose sur le droit et modèle les régimes européens grâce au droit.

En outre, le droit de l'Union bénéficie, en raison de son poids économique, d'une influence qui s'étend au-delà du territoire européen, notamment sa politique active de lutte contre le changement climatique et sa politique commerciale. « Le droit de l'UE exergue une influence concrète sur les pratiques concurrentielles et commerciales, même aux Etats-Unis », a souligné le vice-président du Conseil d'Etat en citant pour exemple les amendes « faramineuses » de la CJUE contre les sociétés Intel et Microsoft.

Une puissance économique

Tous les intervenants, et en particulier Valéry Giscard d'Estaing, ont souligné le poids économique incontestable de l'Europe : premier PIB mondial ; 500 millions de consommateurs ; premier importateur et exportateur ; premier investisseur et premier récepteur d'investissements au monde. Ce qui en fait un « ensemble très important qui se situe comme la première zone économique du monde », selon l'ancien Président.

L'Union européenne est plus que jamais nécessaire pour faire face aux nouveaux enjeux de la globalisation. Elle est devenue un acteur majeur de la régulation économique mondiale, notamment dans les négociations commerciales internationales et le droit de la concurrence, permettant ainsi de défendre les intérêts vitaux des États et d'incarner une vision européenne.

L'Union joue également un rôle essentiel dans l'aide au développement et dans la recherche d'un nouveau modèle de croissance plus équilibré, afin de mettre en œuvre l'indispensable transition énergétique et de parvenir à une économie sociale de marché alliant l'exigence de compétitivité avec un haut niveau de solidarité.

Souvent sous-estimée, l'Union européenne fournit 23,8 % du PIB mondial avec seulement 7 % de la population du globe, ce qui en fait la première entité commerciale mondiale devant les États‐Unis (22,2%) et la Chine (13,4%).

« Après avoir atteint la paix, visons la puissance économique ! Créons d'ici 2025, sur le sol européen, une puissance économique mondiale, Europa », s'est exclamé Valéry Giscard d'Estaing. Après la monnaie unique, il convient d'instaurer une union fiscale selon l'ancien président, « pour l'imposition égale des revenus, des sociétés, des personnes, et des patrimoines ». Ce nouveau projet européen « pourrait viser à devenir la puissance‐leader dans la production et le développement durable, l'innovation et la qualité de vie ».

Une puissance « mal gouvernée »

Valéry Giscard d'Estaing estime en effet que « l'UE n'a pas la politique de sa taille », et qu'elle ne pourra l'avoir que si elle change d'objectif. Ce dernier l'a qualifie de « mal gouvernée » alors qu'elle doit faire face à un paysage politique et diplomatique en train de changer en profondeur. Et ce, tant à l'international avec Donald Trump à la tête des Etats-Unis, l'essor de la Chine et de l'Inde, qu'en Europe avec des « secousses fortes » comme le Brexit, la fermeture des frontières de la Suède, le nouveau pouvoir en Finlande et l'élection d'Emmanuel Macron.

L'ambassadeur et ancien secrétaire général du service européen pour l'action extérieure, Alain Le Roy, a d'ailleurs cité les phrases prononcées par Angela Merkel et Aléxis Tsipras sur le momentum que traverse l'UE en matière de puissance. En effet, la Chancelière allemande a qualifié les dernières réunions du G7 et de l'OTAN en mai dernier « d'horribles » et « catastrophiques », et estime que les Européens ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes. En faisant référence au comportement de Donald Trump et d'autres chefs d'Etat, elle a déploré que les discussions se soient déroulées de façon « très insatisfaisante ».

Michel Barnier, ancien commissaire européen négociateur en chef du Brexit, qui avait mené la dixième conférence du cycle intitulée « Peut-on parler d'une démocratie européenne ? », était présent pour la clôture.

Hubert Védrine a insisté sur l'essor de la Chine, de l'Inde, du Japon et de la Russie qui sont en train de créer un nouvel ordre international qui n'est plus dirigé par les Occidentaux mais par les Orientaux. Il s'est même dit « préoccupé par l'idéalisme européen magnifique et la réalité du monde qui est un Jurassic park bien plus brutal ». Son approche « plus réaliste », un tantinet pessimiste, n'imagine pas un avenir radieux pour l'Europe. Il s'attend même « à un monde semi-instable, semi-chaotique, que personne ne contrôle ».

Ce dernier « ne croit pas que l'ambition extraterritoriale de l'UE soit viable », et ne pense pas qu'elle ait aujourd'hui d'influence politique mondiale nette malgré un socle de base solide (économie forte, grande influence juridique et sociale depuis la colonisation...). Il se dit « à moitié satisfait de l'état des choses mais souhaite que l'on aille plus loin » pour s'imposer en puissance politique. Il est rejoint par les intervenants, notamment Valéry Giscard d'Estaing qui estime que « l'Union doit se réinventer ».

Et ce, avec une vision d'avenir claire, soit autour d'un projet d'intégration à l'image de l'Europe initiale issue du traité de Rome lancée par le couple Monnet-Schuman, soit autour d'un projet commercial souple de libre-échange, comme celui bâti depuis les années 1960 autour du Royaume-Uni. Les errements de gouvernance de l'Europe sont issus d'une erreur historique de jugement pour cet ex-président qui a participé à la rédaction du traité de Lisbonne. « L'erreur a été de ne pas admettre que les tenants de ce deuxième projet ne se fonderaient pas dans le moule du projet d'intégration ! »

Toutefois, Valéry Giscard d'Estaing a terminé son propos sur une note positive en se disant convaincu que la belle coopération franco-allemande qui se profile entre la Chancelière Allemande et le nouveau président Français sera capable de « bâtir la puissance économique du monde de demain ».



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