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Patrick Widloecher : « La déontologie est bien un cercle vertueux »

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Patrick Widloecher : « La déontologie est bien un cercle vertueux »
© DR - Rencontre avec Patrick Widloecher déontologue du groupe La Poste depuis une dizaine d'années.

Patrick Widloecher est, depuis une dizaine d'années, déontologue du groupe La Poste. Il a notamment mis en place un baromêtre du climat éhique de l'entreprise, véritable outil de pilotage de la déontologie au sein du groupe.

Affiches Parisiennes : Quel a été votre parcours jusqu'à devenir déontologue du groupe La Poste ?

Patrick Widloecher : Je suis entré aux PTT en 1967 comme standardiste dans un central téléphonique de province. J'y ai travaillé pendant deux ans. Ce métier de standardiste n'existe plus aujourd'hui. J'ai passé un concours interne et je suis devenu agent d'exploitation, mon premier poste d'exécution à La Poste.

Ensuite, pendant huit ans, j'ai trié le courrier sur les wagons postaux qui partaient de la gare de l'Est. Je faisais alors partie des “ambulants” ; métier qui a, lui aussi, disparu depuis. J'ai passé le concours de contrôleur, puis celui d'inspecteur qui était le premier niveau de cadre. De là, j'ai été affecté en 1977 au service de presse du ministère des PTT et plus spécialement au service de la communication où j'ai fait quasiment tous les métiers : sondages d'opinion, revues et analyse de presse, relations presse ou encore documentation.

En 1983, j'ai passé le concours d'inspecteur principal qui correspond à cadre supérieur d'aujourd'hui. J'ai été renommé après un an de cours et une année à l'université de Paris II dans le même service des PTT entre-temps devenu ministère des Postes, des Télécoms et de l'Espace. J'y ai encadré diverses activités de communication. En 1991, j'ai eu une proposition extérieure du groupe Havas pour aller travailler chez Oda, la régie publicitaire des annuaires édités par France Telecom. Pendant neuf ans, j'ai été directeur de la communication de cette régie et responsable d'une unité de production numérique de produits culturels.

A.-P. : Vous êtes ensuite revenu à La Poste ?

P. W. : Oui, j'y suis revenu en 1999, comme directeur de la communication du groupe jusqu'en octobre 2002, au moment du changement de président. Martin Vial pour qui je travaillais fut alors remplacé par Jean-Paul Bailly qui venait de la RATP. J'ai proposé au nouveau président qui souhaitait que je laisse la place à son ancien dircom de la RATP de mettre en place le développement durable à La Poste.

J'ai ainsi créé la direction développement durable associée à la stratégie et l'organisation qui allaient avec. Mon travail a été de faire passer le groupe d'une démarche empirique à une démarche organisée, donc nécessairement plus efficace. Nous avons eu quelques beaux succès comme la voiture électrique, relancée en partenariat avec Dassault et Heuliez avant que Renault décide de s'intéresser à son tour à l'électrique.

Aujourd'hui, La Poste possède la première flotte de véhicules électriques au monde. Nous avons aussi créé les congés solidaires et équipé les 100 000 facteurs d'alors avec des vêtements en coton équitable. Nous avons aussi édité des timbres postes en partenariat avec les Nations Unies sur les gestes éco-citoyens. Nous avons fait beaucoup de choses très intéressantes qui ont renforcé l'image sociétale de La Poste.

"J'ai alors eu l'intuition que ce que l'on appelle aujourd'hui l'éthique des affaires allait prendre une place grandissante dans la vie des entreprises"

A.-P. : Vous avez également abordé l'éthique...

P. W. : En 2009, j'ai proposé à Jean-Paul Bailly de mettre en place un dispositif éthique au sein de La Poste. En effet, j'avais été impressionné par la crise financière de 2008 où beaucoup d'entreprises s'étaient “crashées” pour des problèmes de mauvaise gouvernance, alors qu'elles présentaient pourtant de bons résultats financiers. Elles ont disparu du jour au lendemain laissant actionnaires et organismes prêteurs d'argent sur le carreau.

J'ai alors eu l'intuition, confirmée depuis, que ce que l'on appelle aujourd'hui “l'éthique des affaires” allait prendre une place grandissante dans la vie des entreprises. J'ai donc mis en place avec mon équipe un référentiel de déontologie, un système d'alerte et toute une série d'actions de sensibilisation, information, communication et formation. J'ai aussi relancé les cérémonies officielles de prestation de serment que j'estime être un avantage concurrentiel pour La Poste. Voilà pourquoi je suis déontologue depuis huit ans au sein du groupe.

A.-P. : Comment définiriez-vous la déontologie au sein du groupe ?

P. W. : Je dirais que la déontologie au sein du groupe tourne autour de l'idée, de développer les comportements éthiques, dans le cadre du travail au quotidien et des relations que chacun peut avoir, aussi bien en interne qu'avec l'ex-terne, du facteur au dirigeant. La logique est simple : si nous avons un bon comportement éthique au quotidien, celui-ci renforcera la confiance de nos collègues et de tous les intervenants, notamment nos clients et nos prospects.

Avec cette confiance dans les postiers et dans La Poste, ceux-ci seront plus et mieux à l'écoute des propositions que l'on peut leur faire en matière de produits et de services. Si ces derniers sont bons, c'est au final, la garantie d'avoir de meilleurs résultats économiques et financiers. C'est la condition sine qua non pour pouvoir à la fois réinvestir dans l'outil postal, mais aussi pouvoir répondre positivement aux demandes d'amélioration des conditions de vie et de travail des postiers. La déontologie est bien un cercle vertueux.

Pour vérifier la pertinence de nos actions en matière d'éthique et de déontologie, nous avons mis en place un baromètre annuel du climat éthique mesuré par une entreprise de sondage, hier BVA, aujourd'hui Kantar-TNS. Les postiers sont interrogés à leur domicile par téléphone. Les sondeurs leur posent des questions pour quantifier l'impact des mesures que nous prenons, le degré d'empathie avec le sujet et de compréhension et leur niveau de volonté de s'intégrer à des actions pour améliorer le climat éthique de l'entreprise. Ce baromètre est un véritable outil de pilotage de notre politique éthique.

A.-P. : Quels sont les axes mis en place depuis votre arrivée ?

P. W. : Tout d'abord l'édition et la diffusion à tous les postiers d'un référentiel de déontologie qui est la base de tout l'édifice, avec en plus aujourd'hui un code de conduite anticorruption. Celui-ci répond aux exigences de la loi anticorruption Sapin II qui a été voté en décembre 2016 et applicable depuis le 1er juin 2017.

Le système d'alerte est, par ailleurs, un comité d'éthique qui réunit les principaux directeurs, directement intéressés à l'organisation de l'éthique, et tous les déontologues du groupe. Il y a en effet un déontologue dans chaque grosse unité d'affaires. Nous avons ensuite mis en place un certain nombre d'actions de communication, notamment une newsletter mensuelle, NewsEthique, qui est envoyé par mail en push à 1 500 abonnés dont les 500 cadres les plus importants du groupe, mais aussi, accessible à tous les postiers sur l'intranet.

"Nous avons édité et diffusé à tous les postiers un référentiel de déontologie qui est la base de tout l'édifice"

Nous avons également des newsletters thématiques comme Pratique Ethique, diffusée tous les trois mois. Nous traitons dans cette newsletter de sujets comme la corruption, le conflit d'intérêts, la transparence, la confidentialité, etc. La newsletter Petit illustré de pratique éthique, également trimestrielle, développe pour sa part les mêmes thématiques, mais cette fois à travers de cas concrets accompagnés de leur résolution, afin de servir d'exemples. Enfin, en 2015, nous avons développé une application smartphone dédiée à la déontologie. Elle a été récompensée par les professionnels de la communication lors de la cérémonie des “Top Com”.

Vous pouvez notamment, grâce à cette application, contacter en toute confidentialité votre déontologue, voir un lexique sur les mots de l'éthique, des articles sur l'actualité de l'éthique, des podcasts des débats et interviews de la Journée de l'éthique organisée chaque année à La Poste. Il est également possible de consulter les thématiques et de différents documents, déontologie de l'entreprise. Nous sommes assez fiers de cette application. Cela a d'ailleurs été la première application smart- phone interne à La Poste et dans le monde de l'entreprise pour ce qui concerne la déontologie.

A.-P. : Peut-on dissocier éthique et déontologie ?

P. W. : La déontologie et l'éthique c'est la conformité, à savoir, le respect des lois et des règlements qu'ils soient nationaux ou locaux, et le respect des six valeurs de l'entreprise La Poste : l'ouverture, la considération, l'équité, l'acces- sibilité, la proximité, le sens du service. On doit les associer à la nécessaire conformité, car on ne peut pas vivre uniquement sur la base des lois et des règlements qui unissent mais ne différencient pas.

A.-P. : Pouvez-vous nous en dire plus sur les six valeurs ?

P. W. : Les six valeurs ont été imaginées par un cercle restreint de personnes. Elles ont ensuite été présentées à des groupes composés de différentes populations de l'entreprise : un groupe de facteurs, de cadres, de guichetiers etc. Je pense qu'il faudrait peut-être aujourd'hui se remettre autour d'une table pour voir si elles couvrent toujours bien le spectre de La Poste, étant donnée l'évolution de nos métiers ces dernières années. Je pense notamment à l'irruption du numérique, des datas, et de l'image que nous souhaitons donner du groupe dans les années à venir.

A.-P. : Voyez-vous une amélioration dans les comportements éthiques des postiers depuis votre entrée en fonction il y a huit ans ?

P. W. : Oui, bien sûr. Quand j'ai proposé au président Bailly le développement durable, je ne peux pas dire que rien n'avait été fait. Cela n'a pas commencé quand j'ai été nommé. Pour la déontologie ce fut la même chose. Simplement ce que j'ai fait dans le cadre du développement durable, passer de l'empirique et du parcellisé à de l'organisé et à une démarche partagée, je le refais pour l'éthique des affaires.

Nous sommes actuellement en train de sonder les postiers, tout au moins un échantillon d'entre eux, pour l'édition 2017 de notre baromètre du climat éthique. Lors de la vague précédente, 94 % des postiers faisaient le lien entre comportement éthique et résultats économiques de l'entreprise. Il y a quelques années – cela fait six ans que nous mesurons –, le taux était aux alentours de 70 %.

L'écart est assez important pour dire que nous avons progressé. Nous nous comparons également avec les autres grandes entreprises. Il y a pas mal d'items où nous sommes bien en avance par rapport aux autres.

"94 % des postiers faisaient le lien entre comportement éthique et résultats économiques de l'entreprise"

A.-P. : Quels sont les prochains projets pour la déontologie ?

P. W. : Nous sommes en plein déploiement du plan de prévention de la corruption imposé par la loi Sapin II. Cela nécessite des actions de sensibilisation. Si, sur l'aspect communication, nous sommes bien pourvus, nous avons encore à progresser sur les formations. À La Poste, au regard de la taille des effectifs – quelque 240 000 collaborateurs –, la formation reste un problème de grande envergure. La généralisation est un processus assez long. Avec les nouveaux outils, c'est cependant un peu plus facile.

Nous sommes d'ailleurs en train de monter un e-learning sur l'anticorruption. Les postiers pourront se former à distance et en direct à partir de questionnaires, d'images animées et de son. Nous devrions mettre le module en place avant la fin de cette année. Un autre axe important est de décliner notre politique auprès de nos filiales à l'étranger. Les cultures et les lois sont différentes selon les Etats. On ne peut pas plaquer comme ça les lois françaises dans un autre pays. Nous devons nous adapter.

A.-P. : Votre conclusion ?

P. W. : À La Poste, en matière d'éthique et notamment de corruption, notre ambition est de sensibiliser tout le monde et, progressivement, de former l'ensemble du personnel. Mais, si ces actions restreignent au maximum les possibilités de dérapages collectifs, comme toutes les entreprises, nous ne sommes jamais à l'abri d'un dérapage individuel. Si par malheur il se produisait, je pense, compte tenu de tous nos efforts déployés depuis dix ans, pouvoir alors bénéficier d'un peu moins de sévérité de la part de l'autorité punitive. Quand on connait, par exemple, les montants généralement payés en termes d'amende pour les cas de corruption – plusieurs centaines de millions, voire plusieurs milliards d'euros –, l'éthique est bien créatrice de valeur pour l'entreprise. Ou tout au moins, pas destructrice...




Anne MOREAUX
Journaliste

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