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Les 5e Rencontres du dialogue social axées sur la coopération

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Les 5e Rencontres du dialogue social axées sur la coopération
© A.P. - Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, a ouvert les Rencontres du dialogue social avec panache.

« Nous ne sommes pas dans une société de confiance », a déploré le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, en ouvrant les 5e Rencontres du dialogue social organisées par la ville de Suresnes. Devenues le « rendez-vous incontournable dans le paysage social français », selon son initiatrice, Béatrice de Lavalette, adjointe au maire déléguée au dialogue social et conseillère régionale, elles ont réuni plus de 700 participants.

La mairie de Suresnes est absolument convaincue que le dialogue social n'est pas une dépense mais un investissement. « Ni un frein ni un blocage, mais un levier d'amélioration du service public et du progrès social », selon Béatrice de Lavalette. La commune est ainsi déterminée à en faire la promotion et à ouvrir les débats sur un sujet au cœur de l'actualité législative avec la publication des ordonnances travail.

« Il y a urgence à faire le choix d'une culture de la coopération », constate Christian Dupuy, maire de Suresnes, en se réjouissant du succès de ce rendez-vous ouvert par le ministre de l'Éducation nationale qui a mis l'accent sur le besoin de confiance pour un dialogue efficace.

De son côté, Louis Gallois, président du conseil de surveillance de PSA et co-président de La Fabrique de l'industrie a donné un bel argumentaire sur le dialogue social « carburant de l'économie ».

« Nous avons péniblement entre 8 et 11 % de salariés syndiqués », contre une moyenne de 23 % en Europe, et 70 % en Finlande, déplore Béatrice de Lavalette.

Toutefois, la première table ronde a montré que nous ne sommes pas les plus à plaindre. Avec une règle du jeu simple : trois minutes pour convaincre, quatre intervenants ont fait une sorte de tour d'Europe du dialogue social lors d'un débat interactif avec la salle, régulièrement interrogée par le biais d'une application.

Si pour l'audience, c'est la Suède qui semblait être un des pays européens les plus performants en la matière, c'est le modèle allemand qui est ressorti en tête à l'issue des débats, constate l'animateur Cyril Cosmes, directeur du bureau de l'OIT pour la France.

En effet, Sylvie Contrepois, docteur en sociologie au CNRS, explique que si la syndicalisation des salariés est majoritaire en Scandinavie, leur système de dialogue social est en pleine transition vers l'inspiration anglo-saxonne avec davantage de liberté pour les entreprises et un certain retrait de l'État (recul de 38 % du nombre de fonctionnaires en Suède), ce qui a engendré un fort déclin du taux de syndicalisation (de 77 à 68 %), une croissance des risques psychosociaux et d'importants confits du travail.

Pas de quoi faire rêver en somme. Même chose pour le modèle britannique selon le syndicaliste Tom Jenkins. Là-bas, l'expression « dialogue social » n'existe pas et il règne une idéologie d'opposition entre forces patronales et salariales très forte, alors que la plupart des instances tripartites ont disparu sous l'aire Thatcher. Ni de droit de grève ni de protection salariale, seulement quelques conventions sectorielles. Le salaire minimum et les droits syndicaux sont apparus sous Tony Blair, mais sont en péril avec le Brexit. Le syndicaliste compte d'ailleurs sur Michel Barnier pour négocier leur conservation.

La syndicaliste Antonia Ramos Yuste regrette que « l'Espagne ait subi des pressions incroyables pour réformer son marché du travail et y apporter de la flexibilité » alors que « la rigidité du marché était aussi sa protection ». Depuis la constitution de 1978, le code du travail avait été entièrement négocié par les leaders sociaux, jusqu'à la rupture brutale provoquée par la crise économique et la réforme de 2012.

En revanche, le modèle allemand brille par sa stabilité. L'avocat Ralph Gottwald, expert en relations sociales, explique qu'avec un taux de 30 % de salariés syndiqués, même si le modèle a évolué ces 15 dernières années, notamment avec un affaiblissement des conventions de branches, la collaboration en confiance est inscrite dans la loi, avec un droit de blocage dans l'entreprise et la branche inscrit dans le code du travail. Les mouvements sociaux y sont toutefois beaucoup plus rares qu'en France avec ses « grèves massives et violentes, arrachages de chemise, incendie de pneus… Ce n'est pas de la négociation. Les Allemands sont bouche bée devant ces spectacles ! »

Ainsi, les principaux défis du dialogue social sont « de continuer et préserver le modèle » pour l'Allemagne ; « apprendre à gérer le processus de retrait de l'État et conserver les rapports de force » pour la Suède ; « gérer le Brexit en évitant les conflits d'intérêts des employeurs internationaux » pour la Grande-Bretagne ; et « revenir sur la réforme de 2012 consacrant la suprématie presque absolue des chefs d'entreprise » pour l'Espagne.

Le dialogue social a plutôt mauvaise presse en France. Pourtant, il existe des modèles qui fonctionnent sur le terrain. Ces « success stories qui n'ont rien d'utopiques », selon Béatrice de Lavalette, ont été mises en avant lors des tables rondes et débats suivants prônant le besoin de coopération et de compromis dans le monde du travail.

Suresnes érigée en modèle du dialogue social

© A.P.

Engagée depuis 2009 dans une démarche innovante de dialogue social, la ville de Suresnes est devenue un exemple mondial à suivre.

Son maire, Christian Dupuy (photo), et Béatrice de Lavalette, son adjointe déléguée aux RH et au dialogue social, sont très fiers de ce qu'ils ont accompli en la matière.

La « consécration suprême » pour l'édile fut l'audit positif de l'Organisation internationale du travail (OIT) réalisée en 2015. Depuis, l'OIT fait intervenir régulièrement les services RH et les représentants syndicaux de la commune dans ses colloques. Ils ont ainsi été invités à présenter ce modèle inédit lors de la 105e session de la Conférence internationale du travail en juin 2016. La commune est alors érigée en modèle à suivre à l'international. Elle l'était déjà en France après avoir été auditionnée par le CESE.

Le fondement de la démarche suresnoise est sans conteste sa charte de valorisation du parcours syndical. Il y a déjà 8 ans que la municipalité a décidé de mettre en place un code de conduite : sa « Charte sur la reconnaissance du parcours syndical dans le développement de la carrière et l'évolution professionnelle », reprise cette année par la Région Île-de-France.

L'efficacité de cette charte n'est plus à démontrer. Nombreux sont les accords syndicaux signés à l'unanimité (mise en place de la prime au mérite, télétravail, travail du dimanche sur volontariat dans les médiathèques…). Le dernier-né a instauré le chèque-syndical.

En avance sur la législation, Suresnes a innové en le mettant en place dès mai 2017. Ce procédé proposé dans les ordonnances travail permet aux salariés de favoriser de façon anonyme l'action syndicale, sans devoir s'investir dans le militantisme. Ainsi, chaque agent a reçu un bon de 5 euros pour financer le syndicat de son choix. Ces derniers revendiquent le rôle pionnier de la ville.

« Tout ce que propose le Président en termes de dialogue social, nous l'avons déjà fait à Suresnes », explique Xavier Casse, représentant de la CGT, syndicat majoritaire de la Ville, en accueillant avec enthousiasme le ministre Jean-Michel Blanquer.

Cet animateur des centres socioculturels s'est dit « fier d'avoir négocié ces nombreux accords qui représentent des actes concrets pour la vie des Suresnois », et écarte toute complaisance ou langue de bois. Les négociations n'ont pas toujours été de tout repos, assure-t-il, mais « tant qu'il y a le dialogue, le respect et l'écoute des deux parties, nous trouvons toujours un terrain d'entente ». Un bel exemple qui n'a pas fini de s'exporter, la ville de Suresnes étant à nouveau invité à la prochaine convention de l'OIT en 2018 « Année du dialogue social ».




Anne MOREAUX
Journaliste

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