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L. Marchand : "Les avocats doivent être présents sur tous les marchés, sans brader leurs principes"

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L. Marchand : "Les avocats doivent être présents sur tous les marchés, sans brader leurs principes"
©Maxime Huriez

Nouvelle présidente de l'Union des jeunes avocats de Paris, Laëtitia Marchand présente son action et les priorités qui vont marquer son mandat. Elle souhaite notamment prendre part à la réforme de la formation initiale et entamer un travail de réflexion sur les valeurs d'humanité et d'indépendance ; « la plus noble des façons de parer l'uberisation de la profession ».

Affiches Parisiennes : Vous voilà présidente de l'UJA de Paris, pourriez-vous présenter votre parcours professionnel ?

Laëtitia Marchand : Je suis avocate au barreau de Paris depuis 2011, alors qu'à la fin de mes études, je me destinais à la magistrature. J'ai d'ailleurs été admissible à l'Ecole nationale de la magistrature, mais, à l'occasion des oraux, et de mes échanges avec le jury, notamment lors de l'épreuve de culture générale, il est apparu que je faisais preuve d'un esprit critique et d'un engagement qui me destinaient plus à devenir avocat.

Lorsque le président du jury m'a invitée à avoir des réponses plus modérées, je n'ai pu m'empêcher d'affirmer mes positions. A la sortie de cet oral, l'un de mes professeurs de prépa est venu me souffler à l'oreille que la profession d'avocat serait sans doute plus adaptée. J'ai donc voulu voir à quoi ressemblait ce métier. Je suis entrée dans un cabinet en qualité de secrétaire standardiste. Ce poste stratégique m'a permis de découvrir, de l'intérieur, les arcanes de cette profession. Pendant une année, j'ai côtoyé des gens extraordinaires. J'étais certes un peu âgée –j'avais 28 ans–, mais c'est ainsi et en pleine connaissance de cause que j'ai décidé d'exercer la profession d'avocate.

Pendant cette période, j'ai rencontré Alexandra Perquin, avocate engagée alors à l'UJA de Paris et qui en prendrait plus tard la présidence. Je suis devenue sa stagiaire. Avec Dominique Piau, lui aussi avocat et membre actif de l'UJA, ils m'ont trouvée, selon leur expression, « assez insolente » pour intégrer l'UJA. J'ai candidaté aux élections dédiées aux élèves avocats et j'ai été élue en tant que représentante des élèves de l'EFB, au sein de la commission permanente. Je suis installée depuis 2013.

A.-P. : Vous aviez une appétence particulière pour la vie associative ?

L. M. : J'ai grandi dans cet environnement, élevée dans l'intérêt général. En août 1997, je suis entrée dans une association reconnue d'utilité publique où j'ai pris progressivement des responsabilités.

Dans ma famille la notion d'intérêt général est une notion essentielle. C'est une philosophie de vie qui a guidé ma carrière. Je pense que c'est par l'intérêt social que les objectifs les plus nobles sont atteints.

A.-P. : Vous vous êtes donc impliquée rapidement au sein de l'UJA ?

L. M. : Au début, comme tout le monde, j'ai cherché ma place au sein de cette association. J'ai assez rapidement été chargée de la commission pénale au sein de la Fédération nationale des UJA (FNUJA). J'assurais parallèlement une collaboration en cabinet. J'ai alors eu la chance, après environ huit mois de barre, de plaider la QPC “garde à vue” devant le Conseil constitutionnel. Avec un confrère de Dijon, je représentais la FNUJA.
Après quelques péripéties en collaboration, je suis revenue pleinement au sein de l'association, sous la présidence de Leila Hamzaoui. Avec Julie Bariani, nous avons pris en charge la commission pénale, en développant la formation sous ses aspects les plus pratiques, en faisant appel à des intervenants, magistrats, policiers, avocats... qui abordaient la réalité. L'année suivante, j'ai été élue trésorière de l'UJA de Paris, avant d'en être la secrétaire générale, sous la présidence d'Aminata Niakate. Je suis ensuite devenue la Première vice-présidente de Thomas Charrat, avant, à mon tour et pour un an, d'assurer les fonctions de présidente.

A.-P. : Vous êtes pénaliste ?

L. M. : Mes diplômes universitaires sont essentiellement axés sur le droit pénal. En revanche, dès que j'ai commencé à exercer, j'ai également fait du droit social, en respectant un certain équilibre, en lien avec la vie des gens.

A.-P. : Quels sont à présent vos priorités et vos objectifs à la tête de l'UJA de Paris ?

L. M. : Lors de ma prise de fonction, j'ai développé deux notions essentielles dans le discours que j'ai prononcé devant la commission permanente où nous avons, cette année, vingt-huit nouveaux avocats, ce qui est beaucoup et ce dont je me réjouis. J'ai d'abord essayé de définir l'engagement de l'avocat à travers ses valeurs d'humanité et d'indépendance, communes avec les associations caritatives.
Sur l'humanité, je veux absolument que nous ayons une réflexion sur le quotidien vécu par le jeune avocat, à travers toutes les difficultés qu'il affronte. Je pense qu'il faut expliquer pourquoi un jeune confrère éprouve autant de problèmes, pour simplement louer un appartement. Comment, par ailleurs, en est-on arrivé à une paupérisation aussi importante dans nos rangs ? Pourquoi tant d'avocats arrêtent-ils l'exercice ? Sans doute pas parce qu'ils n'aiment pas ce métier...
Il est aujourd'hui nécessaire d'établir un bilan et de se poser les bonnes questions. Il me semble que la difficulté majeure réside dans l'enseignement. Malgré certaines améliorations, quand un avocat sort de l'école, il ne sait quasiment rien de la gestion d'un cabinet. Il faut donc avoir une approche beaucoup plus pratique de ce sujet essentiel.

Quid du jeune avocat ? Quid de ses conditions de vie ? Que faire pour les améliorer... Voilà donc mes priorités.

Nous devons trouver des solutions. La structure de l'EFB et l'enseignement qu'elle dispense sont pour nous des sujets de préoccupation. Le décret fixant une augmentation minime des frais d'inscription est à présent paru. Dont acte. Cette augmentation, en phase avec l'inflation, arrive néanmoins avant la réforme de la formation initiale que nous appelons de nos vœux, orientée vers la gestion de l'exercice. Nous aurions pu faire les choses dans le bon ordre : d'abord la réforme, ensuite la discussion sur la légitimité comme le bien-fondé d'une augmentation des droits d'inscription.

A.-P. : Quels sont, à vos yeux, les points essentiels d'une réforme de l'enseignement de l'EFB ?

L. M. : Au sein de l'école, doit-on apprendre le droit ou découvrir l'exercice ? L'UJA de Paris assiste toujours aux prestations de serment. Nous y intervenons avec le bâtonnier de Paris, les secrétaires de la Conférence et les représentants syndicaux. Mon discours commence toujours par la même phrase : “Bienvenue, vous avez choisi une très belle profession. En revanche, vous allez vivre vos premiers moments de solitude !” Ces derniers se concrétisent autour de détails pratiques... Je me revois, par exemple, arriver au TGI, en chambre civile pour une mise en état. Les avocats faisaient la queue et j'ignorais pourquoi. J'ai appelé Alexandra Perquin qui m'a dit que je devais faire sortir mon dossier...

A.-P. : Avez-vous d'autres axes de travail ?

L. M. : J'aimerais également que nous avancions sur le pro bono. Nous devons construire une vraie pratique autour de la notion d'humanité, valeur essentielle qui fait partie du serment de l'avocat. Il est donc important de développer de types d'actions. La commission pro bono de l'UJA de Paris a récemment remis un rapport à ce sujet à mon prédécesseur, Thomas Charat. Je veux pousser l'idée du jeune avocat défenseur de tous et sans contrepartie. C'est inhérent à notre profession.
Sur l'indépendance, l'approche est davantage politique dans la mesure où il me semble que nous devons absolument nous assurer de la protection du secret professionnel. Il faut que ce dernier soit gardé et exercé par les avocats. Il faut, par ailleurs, que nous soyons présents sur tous les marchés, sans pour autant brader nos principes déontologiques. Les avocats doivent parvenir à s'imposer dans une société de plus en plus uberisée. Avec internet, nous sommes surexposés par des sites qui viennent nous harceler, nous juger...

A.-P. : Comment cohabiter avec les legaltech ?

L. M. : Nous devons travailler avec elles, sans pour autant tout accepter. Au bureau de l'UJA de Paris, nous avons des avocats qui sont en veille permanente sur le développement des legaltech et surtout sur l'évolution de la demande et des besoins des clients. Nous devons réussir à faire notre place. En revanche, rester sur le marché et compétitifs ne veut pas dire se vendre.

Nous devons préserver nos principes professionnels et valoriser nos compétences.

A.-P. : L'UJA de Paris organise la Journée des jeunes avocats en octobre prochain...

L. M. : Voilà trois ans que j'organise cette journée, avec les présidents successifs, le 17 octobre, en même temps que la remise des diplômes. Cette année, la date n'est pas encore confirmée. Pour nous, la JJA est très importante. Tout d'abord parce que c'est la vocation de notre association de prêter main forte aux jeunes confrères. Cette journée leur donne surtout l'opportunité d'aller à la rencontre de cabinets qu'ils n'auraient jamais contactés. L'intuitu personae a une extrême importance. Nous avons, par ailleurs développé une série de formations très enrichissantes pour les jeunes confrères, à travers “mon premier dossier de...”, une approche pratique (en droit mais aussi sur la gestion et le développement de cabinet), dispensée par des praticiens qui connaissent parfaitement le métier.

A.-P. : Le barreau de Paris compte aujourd'hui une majorité de femmes. Pourtant, ces dernières affrontent beaucoup de difficultés, notamment au moment de l'installation...

L. M. : Nous devons continuer à nous battre pour l'égalité homme-femme. La plupart du temps, les associés sont des hommes. Tous les anciens présidents, comme Valence Borgia, Thomas Charrat, et Aminata Niakate ont milité pour une parfaite parité, en termes de statut et de reconnaissance. Je veux continuer cette action.

A.-P. : Comment voyez-vous l'avenir du jeune avocat ?

L. M. : L'avenir peut-être radieux si le jeune confrère qui arrive dans cette profession est conquérant, pro-actif, sans être craintif. Il va devoir s'adapter aux nouvelles technologies et aux mutations de l'environnement juridique. Au sein de l'UJA de Paris, la commission installation va continuer à dispenser des informations et conseils essentiels au développement du jeune avocat. En plus de cette base, nous créons une nouvelle commission “la fusée” qui va inciter les confrères à développer leurs relations avec les start-up, les PME, notamment par l'identification des besoins de nos clients. C'est à travers cette dynamique que nous allons parvenir à apprivoiser notre futur et à identifier de nouveaux marchés potentiels, une fois encore en préservant notre éthique et notre déontologie.



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