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L'emploi des jeunes, le mal du siècle

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L'emploi des jeunes, le mal du siècle
© AP - Des chercheurs internationaux présentent leurs travaux sur l'emploi des jeunes au ministère des Affaires sociales

La France est à la peine en matière d'emploi des jeunes. Avec presque un quart d'entre eux inactifs, il est temps d'agir. Des enseignements tirés de nombreuses évaluations d'expériences étrangères, susceptibles d'orienter nos politiques publiques, ont été récemment présentés au ministère des Affaires sociales par des chercheurs internationaux lors d'une conférence organisée par le Conseil d'orientation pour l'emploi, la Chaire de sécurisation des parcours professionnels et l'Institute for the Study of Labor (IZA).

Aujourd’hui, l’emploi est une question essentielle. C’est même, selon Pierre Gattaz, le président du Medef, « le seul problème actuel ». En partie parce que les jeunes Français subissent gravement les effets de la crise économique.

En effet, ils sont 23,7% à ne pas avoir d’emploi, selon un rapport rendu en 2014 par l’Organisation internationale du travail (OIT). Le taux de chômage des jeunes Français de moins de 25 ans est même estimé à 24,9% cette année selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). C’est donc pratiquement un quart de nos jeunes qui sont exclus du marché du travail, de quoi s’alarmer…

Quand les gouvernants cherchent l’inspiration ailleurs

Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), a saisi l’enjeu et invité des chercheurs afin de faire le tour des solutions et des expériences visant à favoriser l’emploi des jeunes. Il y a beaucoup de choses organisées par les politiques publiques de certains Etats, comme l’a démontré le chercheur Jochen Kluve de l’Université Humbodlt de Berlin, membre de l’IZA, dans son rapport intitulé « Les politiques en faveur de l’emploi des jeunes ». Ekkehard Ernst, du Bureau international du travail (BIT), a discuté ce rapport et en tire la conclusion qu’il est important de constater que les jeunes souffrent de la crise partout dans le monde.

Taux d’inemploi des jeunes à travers le monde en 2014 selon l’OIT (Organisation internationale du travail ou « ILO » International labour organisation), avec en rouge les pays où le taux est le plus élevé. La France se trouve dans la moyenne basse avec un taux de 23,7% tandis qu’en Grèce et en Espagne il culmine à 58,4% et 57,3%. Dans le bas du classement on trouve la Chine avec 10,1%, l’Australie avec 12,2% et les Etats-Unis avec 15,8%.

En outre, cette crise économique a engendré un changement de configuration à l’intérieur des emplois et sur la durée de ceux-ci, ce qui est le plus préoccupant pour les jeunes. Il y a de plus en plus d’emplois précaires, d’intérim et d’emplois peu qualifiés. On retrouve ainsi beaucoup de jeunes surdiplômés en chômage de longue durée (Espagne, Grèce, France) ou occupants un « emploi alimentaire » qui ne leur correspond pas ou, pire encore, qui n’ont jamais fait leur entrée sur le marché du travail. Toutefois, ne basculons pas dans un discours alarmiste. Statistiquement, le chômage des jeunes, « n’est pas si catastrophique que ça dans les pays avancés car on voit que les taux sont en train de diminuer ». Ce qui pose problème pour ce chercheur c’est l’Asie et l’Afrique « où les taux restent élevés et sont appelés à croître encore ».

Ekkehard Ernst a aussi rappelé que les pays qui utilisent beaucoup les politiques pour améliorer le marché du travail combinent souvent plusieurs éléments. Par exemple, le Danemark, Etat qui dépense beaucoup pour l’emploi, est aussi « un pays qui a un taux d’emploi dans le secteur public très élevé, beaucoup plus qu’en France ». Ainsi, la combinaison entre « intervention active » sur l’emploi des jeunes et « employeur de dernier ressort » utilisé par certains pays nordiques est très efficace. Par ailleurs, plutôt que d’essayer de remédier au manque de qualifications des jeunes après-coup, « il est important de leur fournir une bonne formation avant-même de se lancer sur le marché du travail ».

Ce dernier point fait l’unanimité auprès des chercheurs. Il faut donc que les politiques publiques mettent l’accent sur la formation des jeunes. Les statistiques sont parlantes, plus il y a des jeunes inscrits dans des systèmes de formations professionnelles, plus leur taux de chômage est faible. En outre, les chercheurs montrent que les programmes d’assistance à la recherche d’emploi sont souvent efficaces et peu coûteux.

Si la France a développé des programmes d’apprentissage et des aides à l’embauche des jeunes, à l’instar du contrat de génération, il n’en demeure pas moins qu’elle a des progrès à faire et peut mettre en œuvre de nouvelles démarches. Pour rappel, les entreprises de moins de 50 salariés qui embauchent un jeune de moins de 26 ans en CDI, et maintiennent ou recrutent un senior, peuvent bénéficier d’une aide de 4 000 euros par an, pendant trois ans.

L’exécutif s’inspire des expériences étrangères, et a bien raison. D’ailleurs, la semaine dernière, Myriam El Khomri, la nouvelle ministre du Travail, Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, et France Stratégie, ont réuni les partenaires sociaux français et allemands pour une journée d’échanges destinée à identifier des pistes de réformes permettant de rapprocher les régimes sociaux des deux pays. L’Allemagne peut d’ailleurs partager son expérience intéressante sur l’apprentissage et l’alternance.

Une étude de l’économiste Bertrand Martinot pour l’Institut Montaigne publiée en mai 2015 montre qu’au plan national, « l’Allemagne gagne sans conteste le match en nombre d’apprentis par 3 contre 1 ! Avec un impact très net sur le taux de chômage des jeunes qui n’est que de 7,8 % là-bas quand il frôle dangereusement les 25 % ici ».

« La France a pris la mauvaise direction »

Le problème reste que dans nos sociétés élitistes l’alternance et l’apprentissage souffrent d’un déficit de réputation. Si ce sont des outils efficaces pour améliorer la transition vers l’emploi des jeunes, ces programmes ne permettent pas forcément de parvenir à décrocher un « bon job ». C’est sur cette question que s’est penché le chercheur de l’IZA Werner Eichhorst, auteur d’un rapport intitulé « L’enseignement professionnel et l’alternance aident-ils les jeunes à trouver un (bon) emploi ? » qu’il a résumée pour les membres du COE. Ce chercheur a expliqué qu’il y a de véritables bénéfices à attendre des formations d’apprentissage, en particulier pour les jeunes les moins qualifiés. Toutefois, pour que ces programmes d’éducation en alternance soient efficaces, il faut qu’ils soient activement supportés par les entreprises et les partenaires sociaux, mais surtout inscrits dans la culture institutionnelle. Si les bons élèves de l’alternance sont les pays comme l’Allemagne et la Suisse, la France se classe en bas du classement avec une chute brutale du nombre d’élèves en alternance depuis 2013.

Le professeur de l’Université Panthéon-Assas Marc Ferracci, chercheur du CREST, tout à fait d’accord avec ce rapport, a rebondi en faisant des préconisations pour les gouvernants français. Selon lui, la France a pris la mauvaise direction avec trop d’apprentissage après le BAC en faveur des hauts niveaux de qualifications, et pas assez dans le secondaire. Les statistiques montrent que les rendements de l’alternance sont d’autant plus élevés que les niveaux de qualification sont faibles. De fait, la valeur ajoutée de l’alternance pour quelqu’un qui est déjà protégé par un diplôme est assez faible. Alors que des évaluations montrent que l’apprentissage accroît les capacités non cognitives - les « live skills » (interactions sociales)- permettant à des jeunes « décrocheurs » de s’insérer dans le monde du travail malgré des capacités scolaires faibles. Il faut donc retrouver un équilibre entre les capacités des apprentis et les besoins des entreprises pour établir le contenu des formations d’apprentissage.

Finalement, la France doit « faire des choix et des arbitrages pour renverser un peu son système ». Selon Marc Ferracci, un système d’enseignement en alternance doit faire la balance entre des compétences qui soient utiles aux employeurs (qui ont un caractère spécifique selon la littérature économique), mais aussi qui permettent aux élèves de vivre toute leur carrière professionnelle en ayant des capacités d’évolution et des possibilités de reconversion.

« Ce que nous disent les études de terrain, quand on interroge les employeurs sur les capacités des apprentis et l’adéquation qui peut exister entre les contenus de l’enseignement   dans le cadre de l’apprentissage avec les besoins des entreprises, est qu’il y a une inadéquation. » Il faut donc réfléchir à créer des programmes donnant des compétences techniques profitables aux employeurs, mais aussi des compétences générales et portables pour le bien des apprentis.

Les études des chercheurs montrent, qu’en France, le contrat d’apprentissage n’est pas toujours en phase avec les besoins des entreprises, mais a l’avantage d’être diplômant, « ce qui est une bonne chose avec une logique de portabilité » selon Marc Ferracci. Tandis que le contrat de professionnalisation est moins exigeant en termes de contenu de formation mais prépare à des métiers qui sont utiles aux entreprises car définis par elles, à travers les partenaires sociaux des branches professionnelles. Pour ce chercheur, il faudrait donc rapprocher ces deux dispositifs.

Quand on compare le système français, dans lequel les nombreux acteurs publics et l’éducation nationale décident de la carte des formations, avec ce qui se passe ailleurs, on se rend compte que les systèmes qui fonctionnent le mieux sont mis en place par les entreprises et les partenaires sociaux. Par ailleurs, dans certains systèmes, comme en Allemagne, il existe un contrôle externe de la qualité de la formation.



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