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Jean Bouquot : « Nous travaillons à la complémentarité experts-comptables – CAC»

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Jean Bouquot : « Nous travaillons à la complémentarité experts-comptables – CAC»

Dès son élection en février dernier, le président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes s'est engagé sur cinq priorités : l'unité de la profession, l'attractivité, le numérique, la territorialité et les périmètres d'intervention. Il profite du 72e congrès des experts-comptables pour faire un bilan d'étape sur l'ensemble de ces sujets d'une brûlante actualité et revient sur la proximité des deux professions du chiffre.

Affiches Parisiennes : La proximité des experts-comptables et des commissaires aux comptes n'est un secret pour personne. En tant que président de la CNCC, quel message souhaitez-vous faire passer lors du 72e congrès de l'Ordre des experts-comptables ?

Jean Bouquot : Elu en février dernier, je me suis engagé autour de cinq priorités, qui sont toutes en lien avec notre profession sœur jumelle, les experts-comptables. Priorité absolue, l'unité de la profession. Presque 100 % des commissaires aux comptes sont en même temps experts-comptables et il est évident que nos préoccupations professionnelles et économiques sont largement communes. Nos modes d'exercice le sont également. L'économie de nos cabinets l'est tout autant. Nous avons donc plus que jamais besoin d'unité dans nos démarches auprès de notre environnement. J'ai aussi et surtout la conviction que nous sommes toujours plus forts ensemble que séparés et que nous serons toujours mieux écoutés. Avec Charles-René Tandé nous partageons totalement ce point de vue.

Deuxième priorité : l'attractivité. Nous connaissons une forte baisse d'attractivité de notre métier. Notre voie d'accès « royale » du commissariat aux comptes est le diplôme d'expertise comptable et nous avons donc un besoin de rendre cette formation encore plus attractive. La richesse de nos cabinets, ce sont les femmes et les hommes qui les composent. Là encore, l'unité sera synonyme de performance et donc d'attractivité.

Troisième priorité : le numérique. Blockchain, cybersécurité, lutte contre la cybercriminalité sont autant de sujets que nos professions doivent prendre à bras-le-corps. Certes, tous les cabinets ne partent pas de la même ligne de départ, car certains ont déjà largement investi, mais nos deux professions doivent sensibiliser et pour les experts-comptables accompagner cette révolution numérique. Le qualificatif de complémentarité convient donc parfaitement à ces actions que nous devons engager auprès des entreprises.

Quatrième priorité, la territorialité. Là encore, nos intérêts sont partagés puisque ce qui fait la force de nos deux professions, c'est cette présence dans tous les territoires au côté des entreprises et des associations. Comparée à nos homologues européens, notre construction historique, à proximité des acteurs économiques est une véritable chance. Nous devons la valoriser et j'attache, comme le président du CSOEC, une grande attention à la représentativité de nos organes institutionnels qui doit être incontestable et l'expression de tous les professionnels.

Cinquième priorité, nos périmètres d'intervention. Pour ce qui nous concerne, commissaires aux comptes, nous sommes très attachés à notre présence dans les PE où notre valeur ajoutée est indispensable et s'exprime autour de la transparence, de la confiance et du retour à la croissance. Nous ne le démontrons sans doute pas assez mais nous sommes des acteurs essentiels au service d'une économie ouverte et loyale. Bien entendu, nous travaillons à affirmer la complémentarité experts-comptables – CAC dans ces plus petites entités et je conviens aussi qu'il faut que nous communiquions davantage pour que les entrepreneurs comprennent nos missions respectives.

Si je devais conclure ce premier propos, j'affirmerais que l'Ordre et la Compagnie, travaillent aujourd'hui main dans la main au service de tous les professionnels et de tous les modes d'exercice, afin que chacun ait les outils et moyens d'un exercice de qualité. C'est une chance et une opportunité que de développer, avec Charles-René Tandé et tous les élus de l'Ordre et de la Compagnie, un véritable discours complémentaire commun auprès de tous les professionnels et de tout notre environnement.

A.-P. : Avec le CSOEC, vous co-organisez une journée consacrée à la prévention des difficultés des entreprises, quel est le but poursuivi au-delà de la formation ?

J. B. : La prévention des difficultés des entreprises est évidemment un sujet majeur pour l'économie et l'emploi dans notre pays et donc pour nos professions. Il est évidemment très important que nous puissions travailler ensemble avec l'Ordre à sauvegarder les entreprises et plus largement le tissu très dense des acteurs économiques dans tout le territoire.

Près de 60 000 dépôts de bilan par an en France, c'est évidemment un chiffre insupportable lorsqu'il se traduit en emplois perdus, en friches industrielles et commerciales et en échecs humains et entrepreneuriaux. Nous sommes des acteurs au service des entreprises avec des missions distinctes. Accompagnement et prévention nous caractérisent distinctement avec les experts-comptables et, pour ce qui me concerne, j'ai la conviction que nous devons tout faire pour donner aux entrepreneurs les chances d'être pérennes, conseillés ou alertés sur leur situation économique.

Il semble donc parfaitement logique que depuis maintenant plusieurs années nous nous engagions dans cette valorisation de la prévention et du traitement de la difficulté des entreprises.

A.-P. : Le thème du 72e congrès de l'Ordre des experts-comptables est le conseil, en tant que CAC comment analysez-vous les besoins des entreprises aujourd'hui ?

J. B. : Il serait paradoxal pour le président de la CNCC de répondre autour des questions de conseil. Notre mission vise à certifier les comptes et lorsque le besoin s'en fait sentir, nous pouvons donner des avis et recommandations à condition de ne jamais franchir la frontière du conseil.

Cela étant, et si je prends en considération ma formation d'expert-comptable, je note que nos entrepreneurs ont besoin d'accompagnement.

La France a réussi en 10 ans le formidable pari de l'esprit d'entreprise : 550 000 créations par an et un engouement de plus 15 millions de Français qui aspirent à devenir indépendants et à créer leur activité.

Pourtant, nous n'arrivons toujours pas à les faire suffisamment évoluer pour que les petites entreprises s'associent, se regroupent ou se fédèrent autour d'une démarche de croissance. Nous n'arrivons toujours pas à franchir la barre fatidique des 5 000 ETI alors que l'Allemagne en compte déjà 12 000. Il n'y a pas de recette miracle pour atteindre à de tels objectifs mais il y a sans doute un effort d'accompagnement, de pédagogie et de conseil que peuvent réaliser nos professionnels pour participer à cette démarche de croissance.

Grâce à nos missions, nous donnons de la transparence, de la sécurité et de la confiance. Il faut désormais que, grâce à notre présence, nos entrepreneurs s'engagent sereinement dans la croissance.

A.-P. : Quel est votre premier ressenti suite aux réformes de la loi Sapin II ?

J. B. : Pour le président de la Compagnie nationale, la loi Sapin II s'illustre autour de deux sujets principaux : le renforcement de la surveillance et du respect des délais de paiement et la concrétisation de la notion de lanceurs d'alerte.

S'agissant du premier sujet, je note évidemment les progrès récemment salués par tous les observateurs de l'économie. Notre mission nouvelle, qui vise à attester les délais de règlement clients et fournisseurs, doit contribuer à ce progrès.

De son côté, la loi Sapin a renforcé les sanctions en cas d'abus de dépassements répétés pour les porter à près de 2 millions d'euros. De telles dispositions contribuent à renforcer la bonne application de la loi autour de ce sujet crucial pour notre économie. Un jour de délai de paiement gagné, c'est 1 milliard de trésorerie gagné pour les entreprises. L'enjeu est colossal et nous y répondrons. D'ailleurs, sur la suggestion de sa Présidente, nous allons prochainement intégrer l'observatoire des délais de paiement placé auprès du ministre de l'Économie.

S'agissant du second sujet, je me pose des questions sur son incidence concrète dans les relations entretenues entre les acteurs économiques et sociaux. Dans le cadre de l'institut Messine, think tank créé par la profession, nous allons réfléchir à cette démarche sociétale nouvelle qui interroge. À suivre donc…

A.-P. : Comment voyez-vous la mission des CAC au sein des entreprises ? Doit-elle encore évoluer ?

J. B. : Comme vous le savez, le commissariat aux comptes est un métier très normé qui se conforme à des prescriptions internationales.

Cela n'empêche pas que la France a pu mettre en valeur, dans le cadre de la récente réforme européenne de l'audit, ses originalités et spécificités comme le principe de l'adaptation des missions aux entités contrôlées. Dans ce cadre, nous travaillons justement à rendre plus pertinentes nos missions dans les plus petites entités. Parallèlement et comme vous le savez, notre modèle de contrôle des comptes comprend plusieurs missions françaises qui ont trait à la protection de l'économie et à la recherche de la pérennité de l'activité des entreprises que nous contrôlons.

C'est le respect des délais de paiement que j'évoquais et la prévention des difficultés des entreprises dans le cadre de la mise en œuvre de notre procédure d'alerte. Nous sommes attentifs au respect de la loi en prévenant les fraudes et les abus.

Ainsi, nous pouvons affirmer que nos missions s'adaptent et répondent, je le pense, aux attentes des acteurs économiques qui travaillent ensemble grâce à la transparence. Il n'y a pas d'économie pérenne et de développement social sans confiance, pas plus d'ailleurs qu'il n'y aura de croissance.



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