Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'information juridique

Denis Lesprit : « Nous sommes à la croisée des chemins »

le - - Droit - Experts-comptables

Denis Lesprit :  « Nous sommes à la croisée des chemins »
© DR - Denis Lesprit se réjouit du succès des résentes Assises de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes.

Denis Lesprit, président de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC), revient sur les Assises annuelles de la CNCC qui se sont tenues au début du mois à Strasbourg et ont passé en revue les nouveaux axes de la profession induits par la réforme européenne de l'audit.

Affiches Parisiennes : Comment se sont passées les Assises annuelles de la CNCC ?

Denis Lesprit : Très bien, ce fut un succès qui a réuni presque 1 000 participants. Les tables rondes étaient très intéressantes et les ateliers du vendredi matin ont eu un succès très important. C'est vrai que le thème « Et demain ? » a attiré. Chacun prend conscience aujourd'hui que ce que l'on ressent, ce que l'on vit, ce que l'on voit, doit être intégré et qu'il faut se l'approprier. Le sujet de la transition numérique est d'actualité.
Les professionnels repartent en étant sensibilisés à la question, et surtout en ayant des pistes et des outils pour pouvoir s'approprier cette révolution numérique et préparer notre profession de demain.

A.-P. : Hormis la transition numérique, quelle autre mutation subit votre profession?

D. L. : Il y a une refondation du fait de la réforme européenne de l'audit. Aujourd'hui, cette réforme bouleverse et reprécise l'organisation de la profession, ses relations avec son régulateur et ses prérogatives, notamment dans le champ des mandats des entités d'intérêt public (EIP). Nous partons donc sur un nouveau paradigme. Il faut redéfinir des équilibres avec le régulateur et entre le champ EIP et le champ non-EIP. Cette refondation arrive à un moment où il faut effectivement travailler à réfléchir et intégrer la transition numérique. C'est d'ailleurs pour cela que le thème « Et demain » prenait tout son sens. Nous sommes à un moment clé, à la croisée des chemins.

A.-P. : A la suite de cette réforme européenne, la Chancellerie a octroyé davantage de prérogatives au H3C (Haut conseil du commissariat aux comptes, régulateur des compagnies régionales des commissaires aux comptes). Ressentez-vous cette décision comme une preuve de défiance de la part des Pouvoirs publics ?

D. L. : Effectivement, l'Europe donne davantage de prérogatives au régulateur, et notamment il n'y a plus, en son sein, de commissaires aux comptes en exercice. Reste deux commissaires aux comptes dans le H3C, mais qui ne sont plus en exercice depuis au moins trois ans. Elle bouleverse aussi la responsabilité finale de la supervision du H3C en matière de contrôle, de formation, d'inscription et de sanction. Maintenant, le H3C ne peut plus déléguer les contrôles qualité en matière d'EIP, et il est instance de sanction tout comme les commissions régionales de discipline.
Chaque fois qu'il y a des changements assez profonds, comme ceux-là, il y a des interrogations, des inquiétudes, voire même de la peur. Les commissaires aux comptes sont des professionnels qui attachent beaucoup d'importance à la réglementation et à la régularité. Il est vrai que la France n'a pas démérité en matière de sécurité financière, et c'est vrai que nous avons donc pris cette réforme européenne avec beaucoup d'incompréhension.

A.-P. : Quel est le but de cette réforme européenne ?

D. L. : L'objectif de cette réforme de l'audit est de déconcentrer le marché. Or, la France est le pays européen où la profession est la plus déconcentrée. Nous sommes 13500 CAC et 300 cabinets d'audit des entités EIP. Cette réforme va donc avoir l'effet inverse chez nous. C'est déconcertant, mais c'est comme ça ! La réforme change le cadre mais aussi l'exercice au quotidien. Elle va bouleverser profondément l'exercice des mandats EIP qui représentent 3 à 5 000 mandats sur les 230 000 mandats annuels. Tous les équilibres que nous avons construits depuis 2003 avec le H3C devront être redéfinis.

A.-P. : Que pensez-vous du reporting intégré ? La CNCC travaille-t-elle sur le sujet ?

D. L. : Oui, c'est un sujet d'actualité mais pour le moment les choses ne sont pas suffisamment précisées pour avoir un impact sur les diligences du commissaire aux comptes, qui lui s'appuie sur des normes et des règles effectives lorsqu'il intervient en entreprise. C'est un sujet qui avance et qui sera porteur d'avenir, tout comme celui du Big data. La profession suit cela de très près et sera au rendez-vous sur ces deux thèmes.

A.-P. : la loi Sapin II aura-t-elle un impact sur votre exercice ?

D.L. : Clairement oui, notamment parce que nous avons travaillé avec le gouvernement et la Chancellerie au dépôt d'un amendement précisant certaines dispositions de la réforme européenne de l'audit.
Il s'agissait notamment de ne pas confier de portée extraterritoriale aux dispositions françaises et de rassurer les cabinets dans le cadre d'une période transitoire puisque la réforme européenne est entrée en vigueur le 17 juin 2016, en cours d'exercice.
Enfin, nous avons souhaité simplifier notre dispositif de suppléance en le supprimant pour les personnes morales qui signent des mandats d'audit mais en le conservant pour les personnes physiques signataires et les sociétés unipersonnelles.

Les 29e Assises pour réinventer un métier

Denis Lesprit et Patrick Muller ont ouvert les 29e Assises de la CNCC © Léonard de Serres

Les dernières Assises annuelles de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes se sont tenues les 1er et 2 décembre derniers au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. Développées autour de l'impact de la révolution numérique sur les différentes facettes du métier de commissaire aux comptes, réflexion, adaptation, anticipation et action étaient au rendez-vous.

Compte tenu des évolutions technologiques (digitalisation) et juridique (réforme européenne de l'audit, loi Sapin II) les relations des commissaire aux comptes avec les entreprises vont évoluer, ce qui impactera forcément leur mission et bouleversera parallèlement l'organisation du cabinet de commissariat aux comptes.

Cette problématique a été introduite en ouverture des assises par Denis Lesprit et Patrick Muller, président de la CRCC de Colmar, région hôte de l'événement cette année.

De nombreuses interrogations ont été soulevées, signe que la profession est en pleine mutation : comment s'organiseront les cabinets de demain ? Comment passeront-ils à la dématérialisation ? Comment resteront-ils ou deviendront-ils attractifs ? Comment former les équipes de demain pour devenir des spécialistes ?

Finalement, il en ressort que les commissaires aux comptes se positionneront dans cette nouvelle économie grâce notamment à une adaptation aux réformes juridiques, au numérique, au Big data, à l'intelligence artificielle, aux ressources humaines, à un nouveau management, etc.

Denis Lesprit a même pu échanger sur scène avec Pierre Berlioz, conseiller chargé du droit des obligations, du droit économique et des professions au cabinet du ministre de la Justice, afin de partager avec à ses confrères le point de vue gouvernemental sur l'avenir de leur profession.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'annonces légales et d'information juridique

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide