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Clinique juridique de Paris : les étudiants face à la révolution numérique

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Clinique juridique de Paris : les étudiants face à la révolution numérique
©AP - Philippe Wagner, Jérôme Giusti, Pierre Aïdan et Alexandre Chéronnet

La jeune clinique juridique de l'université Panthéon-Sorbonne organisait récemment sa deuxième conférence, sur le thème du numérique. Sous les toits de l'école de Droit, cette rencontre a réuni quatre intervenants, tous acteurs ou témoins privilégiés de la révolution numérique qui secoue le monde juridique.

Après un an et demi d'existence, la clinique juridique de Paris 1 gagne en maturité, en organisant un nombre croissant de rencontres entre étudiants et professionnels. Face à l'émergence des legaltech, l'association étudiante a voulu briser les tabous en confrontant les entrepreneurs aux étudiants dans une conférence intitulée « L'innovation par le numérique : le nouveau défi du droit ». Preuve de l'engouement inédit pour ces nouvelles entités, les étudiants se sont montrés particulièrement attentifs à l'évolution de leurs futures professions. Elèves avocats ou étudiants à l'université, tous ont saisi l'impact irréversible des algorithmes juridiques, et la nécessité de prendre le train de l'innovation avant qu'il ne soit trop tard.

Les legaltech, une concurrence déloyale ?

Après de courtes présentations, les débats se sont rapidement orientés vers la question de la concurrence entre institutions juridiques et legaltech, « un enjeu encore problématique » selon Pierre Aidan, co-fondateur de Legalstart. Depuis la signature de la charte éthique pour un marché du droit en ligne, les relations s'apaisent progressivement entre professionnels du droit et entrepreneurs numériques. « Les avocats, eux, sont pragmatiques, mais nous sommes encore mal perçus par leurs institutions », explique Pierre Aidan. Le Conseil national des barreaux ou encore l'Ecole de formation des barreaux affichent toujours une certaine défiance envers ces nouvelles structures, du moins officiellement.

Si leur bénéfice est intégré par la plupart des professionnels du droit, ces nouveaux outils continuent à inquiéter les institutions, notamment chez les avocats. Garantes de ces professions fortement réglementées, ces dernières sont moins perméables aux évolutions technologiques soudaines que les individus. « Je suis avocat et je ne compte pas me laisser dissoudre », ironise Jérôme Giusti, co-fondateur du cabinet 11.100.34, « mais il ne faut pas avoir peur [des legaltech], car elles nous challengent en tant qu'avocats ».

Les quatre intervenants s'accordent par ailleurs sur un point : les outils numériques permettent de recentrer la profession d'avocat sur le conseil. « C'est ce qui fait notre vraie valeur ajoutée », selon la formule de Jérôme Giusti, « car il y a des actes qui en sont aujourd'hui totalement dénués ». Les nouveaux générateurs de documents en ligne, tels Captain Contrat ou Legalstart, occupent donc un segment relativement peu représentatif de l'activité contemporaine de l'avocat. Les outils statistiques d'aide à la décision, comme Predictice, investissent peut être une place plus singulière, mais Alexandre Cheronnet, son directeur des opérations, précise que cet outil « permet d'optimiser la stratégie des professionnels, de favoriser dans certains cas les modes alternatifs de règlement des litiges, mais n'a absolument pas vocation à remplacer les magistrats ou avocats. L'avènement des robots-avocats reste un fantasme de la presse. » Jérôme Giusti avance la même conviction, en affirmant que « de toute manière, l'information ne tue pas le conseil ».

Entre avocat et entrepreneur

L'émergence des legaltech change, par ailleurs, la donne en termes de formation. Exclusivement pétris d'enseignements juridiques, les étudiants ne cachent pas leur inquiétude de se trouver, à l'avenir, désemparés face aux nouveaux outils numériques, en perpétuelle évolution. En parallèle, beaucoup s'interrogent sur l'orientation de leur parcours, entre professions juridiques classiques et entrepreneuriat numérique. Sur ce point, tout reste à faire pour les universités et les centres de formation, encore trop peu touchés par l'apparition de ce nouveau marché du droit numérisé. Mais les opportunités alternatives ne manquent pas, à mesure qu'apparaissent de nouvelles formations, indépendantes ou en ligne. Quel que soit le parcours choisi, les deux métiers sont appelés à évoluer, comme le précise Alexandre Cheronnet : « Alors que les ingénieurs numériques doivent intégrer de plus en plus de notions juridiques (…), les professionnels du droit ne peuvent plus se limiter au code Dalloz ». L'enjeu de la formation se fera donc, selon le cofondateur de Predictice, par « l'acquisition de soft skills complémentaires ».

L'innovation numérique est-elle donc un défi pour le monde juridique ? Oui, et à plus d'un titre. Il appartient maintenant aux professionnels, aux institutions, aux universités et aux étudiants de le relever sans préjugé.

Le mot de la fin revient à Philippe Wagner, cofondateur de Captain Contrat : « Trois phases se succèdent lors d'une révolution. Celle du ridicule, de la peur, puis de l'évidence. Il y a quelques années, nous inspirions surtout le ridicule vis-à-vis des professionnels. Aujourd'hui, la peur semble avoir pris le relais chez certains d'entre eux. Mais pour vous, étudiants, la révolution numérique relève de l'évidence. Je vous laisse donc juger de l'avenir des legaltech dans le paysage juridique. »

Quatre questions à Thomas Richard, président de la clinique juridique de Paris

Créée en septembre 2015, la clinique juridique de Paris compte aujourd'hui une centaine de membres et est ouverte à tous les étudiants en droit (à partir de la troisième année).

A-P : Quelles sont les activités de la clinique juridique ?

Thomas Richard : Nous sommes une clinique juridique au sens classique du terme. Nous favorisons l'accès au droit par des étudiants, encadrés par des professionnels et des professeurs de Paris 1. Nous développons aussi un service d'information juridique, par la mise en place de permanences spécialisées, notamment en droit des étrangers. En parallèle, nous travaillons en collaboration avec de grandes institutions ou des ONG, qui vont nous contacter pour des sujets précis. Nous avons pu travailler en droit de l'environnement avec Greenpeace par exemple.

A-P : Quel est l'intérêt pour un étudiant d'adhérer à la clinique ?

T. R. : L'intérêt est de faire de la pratique et de se confronter à la réalité du traitement juridique, autrement dit, face à une personne réelle. Cela reste très différent des cas pratiques. Nous travaillons pour rendre nos adhérents les plus autonomes possibles. Bien que l'activité reste contrôlée par des professeurs ou des professionnels, le clinicien reste assez libre. C'est lui qui, en équipe, va gérer toutes les démarches et proposer la réponse la plus intelligible possible. Là encore, nous leur apprenons à parler à des non-initiés, et cela se révèle très formateur.

A-P : Comment s'inscrit l'activité de la clinique au sein de l'université ?

T. R. : Nous discutons régulièrement avec le président de l'école de droit de la Sorbonne. Il partage l'idée qu'une clinique juridique sert véritablement à la formation des étudiants. Nous cherchons maintenant à l'intégrer un peu plus dans l'institution et dans les cursus, notamment en master 2. A travers ces conférences, nous participons aussi à la vie étudiante de l'université.

A-P : Quel est votre positionnement vis-à-vis du numérique ?

T. R. : Nous avons acquis cette dimension numérique, puisque le canal principal de saisine de la clinique passe par un formulaire en ligne. L'outil numérique nous permet de toucher des gens très différents, avec une certaine simplicité de mise en place. Mais, à la fin, nous rencontrons toujours l'intéressé, car c'est important d'établir une relation directe avec lui.

Propos recueillis par K.H.



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