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Cérémonie de rentrée de l'EFB : « Elèves-avocats, tirez profit de votre période d'apprentissage »

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Cérémonie de rentrée de l'EFB : « Elèves-avocats, tirez profit de votre période d'apprentissage »
EFB - Rentrée solennelle de l'EFB 2015

Le 7 janvier, s'est tenue la cérémonie de rentrée pour près de 2 000 nouvelles recrues de l'EFB. Retour sur une journée singulière…

Après avoir accueilli les avocats de Paris pour leur rentrée solennelle le mois dernier, la Maison de la Mutualité a ouvert ses portes aux futurs avocats, le 7 janvier, pour la cérémonie de rentrée à l'Ecole de formation des barreaux de la cour d'appel de Paris. Chaque année, l’EFB forme un nombre d’élèves-avocats toujours croissant : 1 400 en 2005, ils sont 1 900 à composer la promotion 2015. « Cette affluence nous honore et nous engage. […] Nous faisons la démonstration que la profession d'avocat est la plus attractive, la plus jeune, la plus féminisée [70%, ndlr] et la plus ouverte de toutes les professions juridiques », avait déclaré Laurent Martinet, Président de l’EFB et vice bâtonnier de Paris.

Cette année, la promotion est parrainée par le talentueux Henri Leclerc, avocat au barreau de Paris, pénaliste réputé et fervent défenseur des droits de l’Homme. Pierre-Olivier Sur, bâtonnier de Paris, a évoqué l’émotion intense qu’aurait ressentie le célèbre avocat lorsqu’il s’est vu proposer de parrainer ces jeunes élèves-avocats, au bout du téléphone.

7 janvier, journée singulière pour les nouvelles recrues de l’EFB, donc. Mais journée singulière aussi pour toute la nation française. Lorsque la cérémonie de rentrée s’ouvre à 14 heures à la Maison de la Mutualité, tout le monde a à l’esprit l’attentat commis au siège de la rédaction de Charlie Hebdo dont les gens ont pris connaissance à peine deux heures plus tôt. Impossible de ne pas évoquer cet acte barbare devant l’assemblée présente d’avocats et de futurs avocats, devant ces hommes et ces femmes dont le métier est la défense des libertés. Notamment, la liberté d’expression. Avant l’ouverture de la cérémonie, Pierre-Olivier Sur et Laurent Martinet ont exprimé leur émotion en ce jour où « les valeurs de la République ont été profondément atteintes, celles-là mêmes qui sont portées par le barreau ». Ils ont également invité la salle à se lever pour observer une minute de silence. Bertrand Périer, avocat au Conseil de l’Ordre, s’adressant aux 1 900 élèves-avocats, a ajouté : « Comprenez la force symbolique du jour où vous allez prêter votre premier serment ».

L’idée n’était pas pour autant de gâcher la fête qu’il était dû de réserver à ces jeunes futurs avocats qui sont sortis victorieux de l’examen du barreau. Le directeur de l’EFB, Jean-Louis Scaringella, a tenu  à féliciter la nouvelle promotion : « Puisse votre exemple être contagieux ! ». Prenant un ton léger et quelque peu plaisantin, il a prévenu les élèves : « L’Ecole de formation du barreau, ce sont dix-huit mois d’efforts ». Il a ainsi présenté le parcours de formation dans lequel ces derniers s’apprêtent à s’engager, un parcours qui privilégie une formation généraliste. Il s’agira bien-sûr d’y apprendre le métier d’avocat : « Conseiller et défendre, allier le juridique et le judiciaire ». Il a affirmé que l’EFB s’attachait davantage à transmettre des pratiques qu’un enseignement théorique, déjà assuré par la formation universitaire. Priorité est donnée aux stages, aux fameux PPI (projets pédagogiques individuels), ou même aux concours d’éloquence.

Jean-Louis Scaringella a également insisté sur la clé de voûte des enseignements dont va bénéficier cette nouvelle promotion : la déontologie. Et de citer Victor Hugo : « Rien n’est stupide comme vaincre ; la vraie gloire est convaincre ». Laurent Martinet a d’ailleurs précisé que le bâtonnier et lui dispenseraient eux-mêmes le cours de déontologie, enseignement qui sera obligatoire pour les 1 900 élèves-avocats. Les cours proposés en 2015 à l’EFB mettront également l’accent sur la dimension internationale de l’apprentissage. En ce sens, les accords d’échange avec des écoles de droit à l’étranger ont été multipliés (l’EFB en possède désormais d’une vingtaine), la banque des offres de stage pour les élèves-avocats s’est étoffée, des cours d’anglais ont été ajoutés. Le directeur de l’école a enfin rappelé que le métier d’avocat est un « métier de service », au cœur duquel on trouve « la psychologie, l’ouverture sur le monde, et l’humain ».  « La satisfaction d’être utile aux autres, là est la véritable gratification de notre profession », a-t-il confié.

 « Le 7 janvier est le premier jour de votre vie professionnelle », a conclu Jean-Louis Scaringella. « Tirez profit de votre période d’apprentissage ! ».

Trêve de discours, il vient le moment le plus solennel de la rentrée. Comme c’est la tradition, les élèves-avocats prêtent ce que l’on appelle « le petit serment » devant la Cour d’appel de Paris qui, pour l’occasion, s’est déplacée à la Mutualité. Il s’agit bien d’une vraie audience. Quand la Cour rentre, la salle se lève. Tous les membres de la Cour sont là : magistrats du Siège, Ministère public, greffier. Ils portent la robe rouge que portent les magistrats pour les audiences solennelles. Le bâtonnier, lui aussi en robe, présente sa demande à la Cour, celle d’accueillir le petit serment que vont prêter les élèves-avocats : « Je jure de conserver le secret de tous les faits et actes dont j’aurais eu connaissance au cours de mes stages ».

Dans ses réquisitions, Madame l’avocat général – qui remplaçait le Procureur général qui, absent en raison de l’actualité « Charlie Hebdo » - a souhaité souligner l’importance du serment que les avocats prêtent, qu’il s’agisse d’ailleurs du petit serment ou du serment que les avocats prêteront, une fois installé dans la profession.  C’est une « formalité essentielle », a-t-elle déclaré, car elle consacre le principe du secret professionnel. « Prendre la parole pour assurer la défense, mais savoir pour cela parfois garder le silence », a poursuivi la parquetière. « Les informations sensibles ne vous sont livrées qu’à des fins pédagogiques. Vous en êtes les dépositaires, et non les propriétaires ». Elle a également insisté sur la nécessaire déontologie dont doivent faire preuve les élèves-avocats. La déontologie, cette « esthétique du dedans » selon les termes du discours que le Procureur général avait prévu de prononcer. « Il ne faut jamais négliger la formation permanente », a-t-elle ajouté avant de prévenir : « Vous entrez dans un métier qui n’est pas de tout repos »


La Première présidente de la Cour d’appel de Paris a également pris la parole. Après avoir félicité les élèves-avocats, elle a fait le choix courageux de parler des relations entre avocats et magistrats, « parce que c’est ce qu’[elle] connait de mieux ». « Vous évoluerez dans un rapport à trois : le justiciable, le juge, et vous, l’avocat. Et je n’oublie pas le quatrième acteur essentiel de la justice, le greffier, garant du respect de la procédure ». Ces différents acteurs doivent, selon elle, posséder « la volonté commune de servir l’intérêt général » - aspiration qui peut surprendre lorsque l’on est avocat au service d’un client. La Première présidente a également suggéré aux futurs avocats de considérer les moyens d’améliorer le traitement des dossiers. Dans l’intérêt du justiciable, évidemment, mais également parce que cela participe du respect des juges, et donc de l’amélioration de la relation entre ces derniers et les avocats. C’est du moins ce qu’elle semblait vouloir exprimer, à certains égards, lorsqu’elle évoquait la clarté de la rédaction des mémoires ou « l’architecture des conclusions ». « N’oubliez pas que le bon avocat fait le bon juge », a-t-elle finalement résumé.

D’un ton solennel, les presque 2 000 élèves-avocats se sont donc mis debout, et ont levé la main droite. Puis qu’à l’unisson, ils ont prononcé les trois mots fatidiques : « je le jure ». Et comme il est de rigueur dans les audiences, pas d’applaudissements dans la salle car ils sont prohibés.

Bertrand Périer, en bon maître de cérémonie, a ensuite introduit Laurent Martinet, vice-bâtonnier et surtout, en l’occurrence, Président de l’EFB : « L’EFB, c’est le chantier de Laurent Martinet. Il ne parle que de ça ! Il a pour vous une véritable passion ! ». C’est effectivement avec beaucoup de zèle que le Président a présenté son Ecole : «l’EFB est la plus grande école d’avocats au monde ; c’est même la seule en son genre, puisqu’il s’agit d’un modèle unique ». Avec ses huit cents enseignants, elle forme la moitié des futurs avocats de France. Selon Laurent Martinet, la promotion 2015 est une promotion privilégiée car elle va pouvoir profiter des nombreux travaux conduits en 2014, notamment par la Caravane, ce petit groupe de réflexion grâce auquel « les enseignements ont été refondés dans leur intégralité ». La réflexion s’est également faite avec l’aide d’un comité scientifique, afin que les cours proposés à l’EFB répondent au mieux aux besoins des élèves-avocats. Ainsi sont-ils arrivés à la conclusion que l’Ecole doit parvenir à compléter l’enseignement universitaire par un enseignement pratique. D’autres travaux ont aussi permis l’ouverture en septembre 2014 de la Clinique du droit, structure proposant des permanences assurées par des élèves-avocats bénévoles pour favoriser l’accès au droit à tous les justiciables. Le vice-bâtonnier a par ailleurs réaffirmé son attachement aux stages à l’étranger, dans l’ambition d’un apprentissage « résolument tourné vers l’étranger ». Il a aussi encouragé les PPI en juridiction, peut-être toujours dans le but de favoriser les échanges entre magistrats et avocats. Il a enfin annoncé le rétablissement des bourses pour les étudiants les plus défavorisés : « l’EFB, école de la République ». Et toujours pas de numerus clausus à l’horizon… Laurent Martinet a finalement confié « il s’agit de mettre en place une formation d’excellence, pardonnez-moi du terme ».

On le sait, un discours du vice-bâtonnier annonce souvent une allocution du bâtonnier lui-même ! Pierre-Olivier Sur, lui qui prêtait serment à l’âge de 22 ans, s’est adressé en ces termes aux élèves-avocats : « J’ai le devoir de vous rassurer et de vous dire que deux mille avocats supplémentaires pour demain, c’est nécessaire ». Avant de poursuivre « vous êtes la génération de la paix par le droit ». A l’instar de Laurent Martinet, il a lui aussi encouragé les stages à l’étranger : « Exportez-vous, partez là-bas, et revenez ». Il a prévenu les jeunes étudiants présents que ceux-ci s’apprêtaient à vivre leur première expérience professionnelle, « celle qui laisse les plus grandes émotions ». Quatre maîtres-mots pour ces futurs avocats : du courage, de la morale, du talent et du travail.

Et le meilleur pour la fin. En conclusion de cette cérémonie, le parrain de la promotion 2015, maître Henri Leclerc, est monté à la tribune pour prononcer une magnifique allocution. Un court film avait d’abord présenté le grand avocat et quelques-uns de ses combats, suscitant une ovation dans la salle et de très longs applaudissements, qui ont plongé Henri Leclerc dans une profonde émotion. Très ému, c’est les larmes aux yeux et la voix vacillante que celui-ci a débuté un discours. « Je viens vous dire ce que j’ai sur le cœur, car aujourd’hui, j’ai le cœur lourd… ». Comment pourrait-il en être autrement pour cet avocat des droits de l’Homme qui a défendu ardemment la liberté de la presse au cours d’un procès mettant en cause le quotidien Libération, et qui, en ce 7 janvier, a perdu quelques amis ? Il a poursuivi en prenant son rôle de parrain très à cœur : « Un parrain doit surveiller l’éducation morale ». Puis il a plaisanté auprès de sa promotion : « Je vous donne mon nom bien volontiers. Je vous en donne lusus, je vous en donne-même le fructus, mais pas l’abusus ! ». Il a commenté la banalité de son nom, entamant une drôle de digression à ce sujet : « Au lycée, je disais : Leclerc, comme le Général ; étudiant, Leclerc comme Félix Leclerc ; et maintenant : Leclerc, comme les supermarchés ! ». « De la gloire à la poésie, et aujourd’hui l’épicerie ! ».

Plus sérieusement, Henri Leclerc a expliqué aux étudiants de la promotion qui porte son nom, qu’il « essayait d’être avocat depuis soixante ans ». Aussi a-t-il longuement pris la parole sur le rôle de l’informatique et du numérique au service de l’avocat moderne. Bien-sûr, il ne nie pas la place prise par ceux-ci, mais il en est certain, « le robot n’aura jamais l’intelligence du texte ». Il a également confié son émotion intense à la prestation du petit serment des élèves-avocats, et en a profité pour dire quelques mots sur le serment, celui qui, en substance, dit : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. ». Il a invité les futurs avocats à considérer le poids de chacun de ces termes, émettant toutefois des réserves sur celui de probité qui, selon lui, revêt une moindre importance. Pour mettre davantage encore en valeur la justesse de ce serment - qui n’a d’existence légale que depuis le 31 décembre 1990 - Henri Leclerc a dénoncé « la restriction mentale » de l’ancien serment que lui a prêté.

Puis le discours a pris des tours de confidences, au travers duquel Henri Leclerc a dévoilé les trois anecdotes qui l’ont conduit à comprendre progressivement ce qu’est la défense. D’abord, ce 15 octobre 1945 où Henri Leclerc avait écouté, incrédule, son père qui dénonçait le fait que Pierre Laval avait été exécuté sans procès. Puis quelques années plus tard, alors qu’il n’était encore que stagiaire, il évoque ce premier procès d’assises où tout et tout le monde accablait l’accusé poursuivi pour assassinat, accusé qui « disparaissait littéralement peu à peu dans le box » ; « son avocat s'est alors levé, a posé ses mains sur celles de son client et a dit cette phrase formidable qui a marqué ma vie : S'il ne doit en rester qu'un, je serai celui-là ». Enfin, cette année 1957 où, à l’occasion de sa première affaire, Henri Leclerc plaide à la 23e chambre correctionnelle, la chambre des flagrances, pour la défense d’un Yougoslave jugé pour avoir bu une bouteille posée sur la devanture du laitier. Pourtant les mots d’Henri Leclerc n’auront pas suffi cette fois-là à éviter la prison pour son client qui écopera de six mois ferme. Le grand avocat se promettra dès lors de ne plus plaider pour la seule éloquence. « Rappelez aux juges qu’ils jugent des humains », a finalement prié Henri Leclerc.





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