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Campus AFJE 2017 : Les directions juridiques face à la transition digitale

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Campus AFJE 2017 : Les directions juridiques face à la transition digitale
© A.P. - Marc Mossé, Olivier Chaduteau, Anne-Valérie Attias Assouline et Bruno Massot.

Pour la 7e année consécutive, l'AFJE (Association française des juristes d'entreprise) organisait le 24 novembre dernier son campus éponyme, réunissant environ 400 participants dans les locaux de l'Eurosites George V. Cette journée de formation à destination des juristes d'entreprise était l'occasion d'aborder en plénière d'ouverture l'adaptation des directions juridiques face à la transition digitale. De nombreux ateliers et networking ont également ponctué ce rendez-vous annuel.

Dans la poursuite des travaux et réflexions émises lors du premier Grenelle du droit, qui s'est tenu le 16 novembre dernier, le campus AFJE s'est déroulé ce vendredi 24 novembre autour de la thématique de l'adaptation à la transition digitale. Pour sa 7e édition, ce « rendez-vous » formation conçu pour les juristes d'entreprise et par les juristes d'entreprise ambitionnait, à l'image des années précédentes, de poursuivre ses travaux dans une dynamique de formation pratique, qui reprend les codes déontologiques en se dotant d'outils complémentaires.

« Déjà 1 500 juristes ont été formés sur le campus et ça continue », s'est enthousiasmée Véronique Chapuis-Thuault, vice-présidente de l'AFJE en ouverture du campus. « Face à la transition digitale et la mutation des métiers, tous les juristes d'entreprise sont concernés », a-t-elle poursuivi, rappelant au passage le lancement par Stéphanie Fougou, présidente de l'AFJE, et Nicolas Guérin, président du Cercle Montesquieu, du mouvement Tous Droits Devant, visant à réunir la grande famille du droit.

« Plus que jamais, nous devons nous mobiliser ensemble », a affirmé Véronique Chapuis-Thuault.

Pour aborder LA grande question de cette journée qui faisait l'objet de la plénière, à savoir comment s'adapter à la transition digitale, étaient réunis autour d'une table ronde Anne-Valérie Attias Assouline, Olivier Chaduteau, Bruno Massot et Marc Mossé. Ensemble, ils se sont interrogés sur les innovations qui changent la donne, la façon dont la transition digitale affecte l'organisation et le business model des directions juridiques, l'offre de services et les relations avec les clients internes et externes de l'entreprise.

Après avoir d'abord parlé d'uberisation le concept de transition digitale a ensuite émergé. « Ce concept, nous avons voulu l'interroger, comprendre quels sont ses enjeux pour les juristes d'entreprise et quelles seront les différentes manières, demain, d'exercer les métiers du droit, ainsi que sa portée en formation initiale ou continue », a expliqué Marc Mossé, directeur des affaires juridiques chez Microsoft et vice-président de l'AFJE.

La transition digitale consiste à faire évoluer l'activité de l'entreprise autour de trois grands axes : le business model, la relation clients et l'organisation interne.

Selon Olivier Chaduteau, managing et founding partner chez Day One, « la transformation digitale, ce n'est effectivement pas qu'une problématique d'outils. La réflexion doit se baser sur le modèle VTC, c'est-à-dire la valeur ajoutée qu'on peut apporter à l'entreprise, la technologie et les outils dont il faut se saisir pour servir ce premier objectif, et enfin l'aspect collaboratif, soit la façon dont on travaille ensemble pour s'adapter aux nouveaux enjeux ».

Economie de la donnée : quels enjeux ?

Ces trois grands axes apparaissent ainsi comme les piliers du bouleversement de notre société contemporaine, dans un cadre central articulé autour de l'économie de la donnée.

Ainsi se pose la question ; quelle place occupent les données aujourd'hui ? « L'économie de la donnée représentera 739 milliards d'euros au niveau européen d'ici à trois ans », affirme Bruno Massot, directeur juridique France IBM. L'économie de la donnée est toujours plus importante, et celle-ci passe par une transformation profonde basée sur l'expérience et l'utilisation des données pour transformer le business model de l'entreprise.

« A une époque, les juristes qui s'intéressaient aux données étaient hyper spécialisés en technologie ; aujourd'hui toutes les activités sont concernées par les données », confirme Olivier Chaduteau.

Selon l'avocate Anne-Valérie Attias Assouline, managing partner chez PWC Avocats, le réel bouleversement pour les entreprises n'a pas tant été insufflé par la transition digitale que par l'évolution des rapports et des relations entre les différentes activités : « En qualité de juriste, on est imbriqué au quotidien avec des consultants, des informaticiens, des data scientists ; on ne travaille plus seul de la même façon, et c'est surtout à ça qu'il faut s'adapter. Les métiers du chiffre, comme ceux de l'audit, sont très en avance sur la question par rapport aux métiers du juridique, et pourtant nous sommes tout autant concernés ».

« La transformation digitale peut générer de la valeur ajoutée à condition qu'on la comprenne et qu'on sache l'intégrer à nos activités », souligne Marc Mossé.

Comparable à « la peur de l'an 2000 », la transition digitale semble provoquer chez les juristes tantôt un sentiment de fantasme, tantôt un sentiment d'appréhension. Toutefois, selon Bruno Massot, « il ne faut ni la craindre ni la voir comme une menace pour les emplois de demain. Quand on parle d'intelligence artificielle, il s'agit de rendre plus opérationnel des outils de recherche et d'analyse de corpus documentaires, comme les chatbots. Il n'y a pas de création d'informations à proprement parler. Ainsi, l'information aura toujours besoin d'être produite par les juristes eux-mêmes et le juriste aura toujours une valeur plus élevée que le robot par son esprit critique : le jugement ne peut être substitué à l'intelligence informatique ».

PME, TPE : tous concernés par le changement ?

Toutes les structures n'ont pas les mêmes armes pour faire face aux bouleversements auxquels elles sont sujettes : ainsi on peut se demander, comment intégrer la transition digitale sans un coût trop élevé, facilement et de manière concrète.

Selon Olivier Chaduteau, la transition digitale est une opportunité pour tous. « Qu'on soit 1, 2 ou 1 000, il faut adopter une réflexion à 360 degrés. Ce qu'il faut c'est adapter sa stratégie selon la définition de son positionnement et de ses compétences ». Ce dernier définit ainsi plusieurs stratégies : celle du « push down », c'est à dire segmenter le travail ; le « push away », soit déléguer la tâche ; le « push out », qui consiste à externaliser la tâche ; et enfin le « stop », pour mettre fin à la réalisation de certaines tâches ou missions à faible valeur ajoutée, qui peuvent être faites par une machine.

« En choisissant d'abord la meilleure stratégie à adopter, on se dégage du temps pour se consacrer aux tâches à plus fortes valeurs ajoutées », explique Olivier Chaduteau.

De plus, Anne-Valérie Attias Assouline estime que « les petites entreprises ont une agilité et une marge de manœuvre qu'il est plus difficile à avoir dans les très grandes entreprises, où tout prend plus de temps », rendant ainsi leur adaptation plus facile.

S'adapter à la transition digitale dès la formation

Modérateur du débat, Marc Mossé suggère que la transition digitale passe aussi et surtout par un changement culturel. « C'est principalement ce qui en est ressorti du Grenelle du droit, et la question s'est posée de savoir s'il faut modifier la formation initiale et repenser la formation continue. »

Rajouter des matières ; du marketing, de la manipulation de data, pour que les juristes de demain comprennent avec qui ils vont interagir apparaît comme une solution bien pensée.

« Je suis assez atterrée de voir que mon fil aujourd'hui apprend la même chose sur les bancs d'université de droit que moi il y a 20 ans ! », dénonce Anne-Valérie Attias Assouline. « On ne pense plus de la même façon, on n'évolue plus dans le même monde, ainsi il me semble indispensable d'adapter la formation et de se mettre à jour. »

Pour Bruno Massot, l'accent est à mettre sur les soft skills ; la capacité d'adaptation, d'échange et de convictions. « Pour se faire, il faut surmonter un des grands obstacles à cette transition, à savoir le fonctionnement en silo. »

Autre mot d'ordre selon Olivier Chaduteau pour s'adapter au mieux et au plus tôt, c'est la transversalité. « Au sein d'une société, le directeur juridique est en interaction avec toutes les activités de l'entreprise. Il est donc essentiel qu'il ne reste pas sur sa propre expertise. La formation est mère du changement, et il y a beaucoup de sujets et de matières que le juriste doit connaître et comprendre. »

Pour conclure, le digital apparaît comme une formidable opportunité d'agilité pour les juristes. « Beaucoup de choses existent déjà mais rien n'est à appréhender car le digital fera du juriste de demain l'élément central, car transversal, de l'entreprise », estime Marc Mossé. Ne reste plus qu'à s'y préparer.




Clémence MART
Journaliste

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