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« En France, nous avons dévalorisé l'apprentissage »

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« En France, nous avons dévalorisé l'apprentissage »

L'assemblée générale du Medef avait lieu le 29 juin dernier. L'occasion d'ouvrir un débat sur l'apprentissage, un sujet entre l'Education nationale et les chefs d'entreprise.

Les intervenants de la conférence-débat :

- Fanny Guinochet, journaliste à l'Opinion. Elle a proposé aux intervenants de dresser un état des lieux puis de donner des pistes pour améliorer les choses ;

- Alain Fontaine, maitre restaurateur du restaurant Le Mesturet (Paris 2ème), maitre apprenti depuis 43 ans. Il a formé et encadré plus de 150 apprentis ;

- David Failly, directeur régional du CESU Île de France et région centre, un établissement supérieur d'apprentissage et d'alternance ;

- Jean-Marc Gabouty, chef d'entreprise dans l'imprimerie et sénateur de la Haute-Vienne. Il a joué un rôle dans la loi El Khomri en faisant en sorte que le volet sur l'apprentissage y figure ;

- Anne Macey, déléguée générale de Confrontations Europe. Elle participe aux politiques publiques ;

- David Groison, rédacteur-en-chef de Phosphore, un journal dédié aux 14-18 ans, ayant pour but de promouvoir l'apprentissage ;

- Tristan Leteurtre, entrepreneur. Il a créé beaucoup d'entreprises, la dernière en date est Mooncard ;

- Georges Abi Aad, restaurateur, gérant du restaurant Le Moderne (Paris 2e), président de A3 Holding.

Les intervenants ont abordé la question de la mauvaise image dont souffre l'apprentissage, avant de parler des avantages que celui-ci présente et des solutions pour encourager les entreprises à y recourir.

Changer la mauvaise image de l'apprentissage

Le premier cliché grevant les jeunes ayant choisi l'apprentissage, est l'idée du choix par défaut. Ce que conteste David Failly : « ce ne sont pas des jeunes qui viennent en traînant des pieds, ils ont un réel projet professionnel, une envie d'insertion dans le monde de l'entreprise et surtout l'envie d'apprendre autrement que ce que leur propose l'Éducation nationale ».

Alain Fontaine, maître restaurateur, estime également qu'il faudrait changer les mentalités de l'Éducation nationale et des parents à propos de l'apprentissage. « Lorsque leur enfant choisit cette voie, les parents sont déçus. Dans certains pays d'Europe, ils n'ont pas du tout la même mentalité. Par exemple, en Allemagne, on leur donne le choix à 12 ans : études courtes ou études longues ? Et quand on voit que le P.-D.G. de Volkswagen est un ancien apprenti, on comprend la valeur donnée à l'apprentissage… » En France, nous n'avons pas du tout cette vision : « nous avons dévalorisé l'apprentissage, jusqu'à en faire une voie de garage ».

De gauche à droite: David Failly, Alain Fontaine, Jean-Marc Gabouty et Anne Macey.

Les solutions pour encourager le recours à l'apprentissage

Cette mauvaise image n'est pas une fatalité. Les intervenants ont proposé des pistes pour optimiser le recours à ce mode de recrutement.

Réduire le décalage entre l'école et l'entreprise

Georges Abi Aad, restaurateur, parle d'un décalage entre l'apprentissage tel qu'il est enseigné à l'école et celui dans l'entreprise. « Il y a une inadéquation entre les deux, il n'y a aucune liaison entre les professeurs à l'école et l'entreprise. » Jean-Marc Gabouty reconnaît ce problème : « cela fait des décennies qu'on observe cette déconnexion entre les deux. Il y a eu du progrès, mais il y a encore à faire ». Il pense que la solution réside dans une meilleure promotion des professionnels, en présentant les métiers dès le secondaire, ainsi qu'une meilleure formation des enseignants, afin qu'ils soient moins déconnectés du monde de l'entreprise.

Revaloriser l'apprentissage

Jean-Marc Gabouty, chef d'entreprise, estime qu'il faut choisir de quelle manière on voit l'apprentissage. « Est-ce que c'est une voie noble de formation professionnelle ou un filet de sécurité à caractère social ? Je pense que si on penche pour la seconde thèse, on se trompe, il faut tirer l'apprentissage vers le haut, pas par le bas. » Pour cela, il faut revaloriser l'apprentissage, donner aux jeunes l'envie de suivre cette voie, leur faire comprendre que seulement quelques années après leur BEP ou leur bac professionnel, ils peuvent accéder à des postes haut placés (chef d'atelier, cadre, et même chef d'entreprise). « On a des exemples dans tous les métiers. C'est sûr que si on leur dit qu'ils auront le même poste et qu'ils n'iront pas plus loin, cela ne donne pas envie. Il faut leur donner envie d'être ambitieux, de réussir » insiste le sénateur.

Surtout, prendre le temps

« C'est une œuvre de longue haleine, il faut inscrire cet effort dans la durée », déclare Jean-Marc Gabouty. Il déplore le fait qu'en France, dès qu'une disposition est prise, on attend des résultats dans les trois mois suivants. Les temps économique, médiatique et politique, ne sont pas les mêmes. « Il y a une incohérence et une absence de démarche dans la durée. Seule cette dernière nous permettra de régler les choses ». Il cite comme exemple le changement incessant de la semaine de 4 jours à 5 jours pour les élèves de primaire.

Il se dit pourtant confiant sur le programme du nouveau Président : « j'ai retrouvé certaines propositions allant en ce sens, on peut donc avoir quelques espoirs en la matière ».

De gauche à droite: Fanny Guinochet, David Groison, Tristan Leteurtre et Georges Abi Aad.

Pourquoi engager des apprentis est intéressant économiquement pour l'entreprise ?

Alain Fontaine partage son expérience. « C'est embêtant de parler d'un humain comme cela, mais un apprenti, lorsqu'il est bien géré, c'est un investissement pour l'avenir et un retour sur investissement très rapide. » Il explique qu'un apprenti lui coûte 500 euros par mois, et qu'avec les mesures de défiscalisation « bien en place », il est remboursé de 250 euros par l'État. « C'est comme si on investissait pour les années à venir », image-t-il. Dans son restaurant, sur les 25 employés, 7 sont issus de l'apprentissage : « je n'ai pas eu de frais d'embauche, je n'ai pas passé de temps à rechercher quelqu'un, puisqu'ils travaillaient déjà avec moi ».

Un contrat enrichissant humainement pour les deux parties

Alain Fontaine ne considère pas ses apprentis comme de simples retours sur investissements. « Le rôle de maître d'apprentissage a largement dépassé le cadre. Il n'est plus un simple tuteur professionnel, il est amené à accompagner les jeunes dans leur vie de tous les jours, car ils sont bien souvent dans des situations délicates. » Il explique qu'il doit leur apprendre le respect des autres et d'eux-mêmes, avant toute chose. « Combien de fois on leur apprend à dire bonjour, au revoir… ». Et même si cela lui demande beaucoup d'implication, il le fait volontiers : « lorsque le jeune décroche un emploi, c'est encore plus valorisant, car ce n'était pas gagné au départ ».

Du côté des jeunes, le restaurateur explique qu'ils ont besoin d'une entreprise qui les accueille, qui devienne « leur deuxième maison ». Partir faire le tour de la France pour prendre leur indépendance n'est pas leur priorité. Ce que Georges Abi Aad soutient : « 50 % de mes jeunes qui avaient fini l'apprentissage sont revenus en CDI car ils m'ont dit : on est à la maison ici ».

Évolution de l'emploi intérimaire à la hausse

Selon le baromètre de Prism'emploi, l'emploi intérimaire est en hausse de 6.3 % en France au mois de mai. L'évolution des tendances du travail en intérim (à la hausse ou à la baisse) constitue un indicateur précis des évolutions à venir de l'emploi salarié. Selon Prism'emploi, une entreprise de professionnels du recrutement et de l'intérim qui délivre tous les mois un baromètre des évolutions de l'emploi intérimaire et les tendances se retrouvent dans le domaine de l'emploi salarié 6 à 12 mois plus tard. Pour le mois de mai 2017, la courbe de l'emploi intérimaire en France reste orientée à la hausse (+6,3 %). Prism'emploi note que tous les secteurs sont en croissance : les transports (+15 %), le commerce (+2,5 %), le BTP (+7,1 %), l'industrie (+5,9 %) et les services (+2,6 %). Il est ensuite possible de détailler selon des critères précis. Si l'on étudie l'évolution des tendances selon les régions, trois d'entre elles sont très dynamiques dans le secteur du travail intérimaire : la Bretagne (+11,9 %), l'Auvergne-Rhône-Alpes (+11,3 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (+11,2 %).

Selon les corps de métier, d'autres tendances se dégagent : les cadres et les professions intermédiaires (+7,6 %) et les ouvriers qualifiés (+7,5 %) sont à la hausse. Légère baisse pour les ouvriers non-qualifiés (+6.0 %) et net ralentissement pour les employés (+1,9 % contre 6,6 % en avril).

Le bilan à la mi-2017 est le suivant : le travail temporaire a progressé de 7,8 %, correspondant à la création de 45 000 emplois en équivalent temps plein. Au 31 mai, 18 796 CDI intérimaires ont été signés.



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